Canalblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
P.H.I. : Patrimoines et Histoires d'Ici, l'info sur le passé de Banyuls-sur-Mer
Publicité
Sommaire
1) Présentation
     1.1) Transmettre
          1.1.1) Blogs 
          1.1.2) Livres
          1.1.3) Vidéos
          1.1.4) Expositions
          1.1.5) 
Scolaires
     1.2) Méthodologie
          1.2.1) Les axes de recherche
          1.2.2) Exemples 
     1.3) Sources
          1.3.1) 
Archives
          1.3.2) 
Bibliographie et sitographie

     1.4) Carte

2) Crêtes

     2.1) Politique
          2.1.1) Paroisse
          2.1.2) Féodalité
          2.1.3) Royautés
     2.2) Frontière
          2.2.1) Batailles, 1793-1794
          2.2.2) Surveillance, 1914-1918
          2.2.3) Evasion, 1942-1945
     2.3) Urbanisme
          2.3.1) L'habitat dispersé
          2.3.2) Hameau des Abeilles
     2.4) Economie
          2.4.1) Agriculture
          2.4.2) Hôtellerie

3) Collines

     3.1) Politique
          3.1.1) Etats Français
     3.2) Urbanisme
          3.2.1) Paroisse
          3.2.2) Hameaux del Puigo & de l'Horta
          3.2.3) Démographie
     3.3) Economie
          3.3.1) Agriculture
          3.3.2) Viticulture

4) Bord de mer
     4.1) Politique
          4.1.1) Fortifications
          4.1.2) République Française

          4.1.3) Commune

     4.2) Urbanisme
          4.2.1) Hameau des pécheurs
          4.2.2) Village littoral
          4.2.3) Rues et place 
          4.2.4) Paroisse

          4.2.5) Art

     4.3) Economie
          4.3.1) Pèche
          4.3.2) Contrebande
          4.3.3) Négoce de cabotage
          4.3.4) Elevage

          4.3.5) Dynamiterie

          4.3.6) Laboratoire Arago
          4.3.7) Tourisme

5) Personnalités
     5.1) Professions
          5.1.1) Militaires
          5.1.2) Marins
          5.1.3) Administratifs
          5.1.4) Maires
          5.1.5) Médical
          5.1.6) Entrepreneurs
          5.1.7) Ingénieurs et ouvriers
          5.1.8) Agriculteurs
          5.1.9) Artisans et employés
          5.1.10) Artistes
     5.2) Médaillés
          5.2.1) Légion d'Honneur
          5.2.2) 1914-1918
          5.2.3) 1942-1945
     5.3) Familles
          5.3.1) Azéma
          5.3.2) Bassères
          5.3.3) Baurès
          5.3.4) Coste-Sales
          5.3.5) Payro
     5.4) Individus
          5.4.1) Vincent Azéma
          5.4.2) Marius Douzans
          5.4.3) Sylvestre Douzans

          5.4.4) Adolphe d'Espie
          5.4.5) Aristide Maillol
5.4.5.1) 
Enfance banyulencque et études
Publicité
Présentation du blog et de ses auteurs
P.H.I. : Patrimoines et Histoires d'Ici, l'info sur le passé de Banyuls-sur-Mer

Ce blog est le fruit du travail collaboratif entre l'historienne de l'art Christine SALLES et le comité banyulenc du Souvenir Français, depuis 2014. Il poursuit un triple objectif :
1) présenter l'histoire du village de Banyuls-sur-Mer, au fil des recherches menées dans les divers dépôts d'archives ;
2) replacer l'histoire dans les lieux qui l'ont accueillie. Cette relocalisation est accessible via le menu horizontal situé sous la bannière titre, puisque les évènements historiques sont répartis dans les 3 espaces de la vallée : les crêtes, les collines et le bord de mer ;
3) informer sur l'histoire du village et la conservation de ses vestiges et oeuvres d'art.


Pour citer ce blog : SALLES ChristineL'histoire de la commune de Banyuls, au fil des recherches archivistiques, Blog P.H.I. : Patrimoines et Histoires d'Ici, l'info sur le passé de Banyuls-sur-Mer, http://phi66.canalblog.com/
Publicité
31 août 2025

L'histoire du mas Reig, XIIIe-XIXe S. : un territoire agricole stable parce qu'adaptable

C) Un territoire agricole stable parce qu'adaptable

a) La polyculture vivrière, XIIIe-XVe S.


     L’étendue de ses terres fait du mas Reig l’un des mas les plus prospères de la vallée.
 

     Lors de la donation de 1246, les redevances annuelles dues à l’Ordre du Temple par les tenanciers du mas sont précisées : « 11 migeras frumentis [11 mesures de froment, soit 190 litres], dos y media d’ordia [2,5 mesures d’orge soit 45 litres], bestia, raims, oli i cera [animaux, raisins, huile et cire] ».

 

     Cette liste de taxes dresse le portrait d’une exploitation dont l’économie est classiquement centrée sur la culture des céréales, combinée avec la culture fruitière (essentiellement des vignes et des oliviers), et l’élevage. Pour comprendre le fonctionnement de cette exploitation agricole dont les terres doivent combler quasiment tous les besoins annuels de la famille qui les travaille, nous vous renvoyons vers deux des articles de notre cycle "Agriculture" :

 

     En étudiant la topographie des terres du mas, ainsi que des murettes et « agulles » qui sont encore visibles, le territoire du mas est composé d’au moins trois grandes unités paysagères qui s’adaptent à la topographie et à l’ensoleillement. Les terres basses et proches du lit du « correc » du Vall-Pompo auraient pu accueillir la culture des céréales. La partie basse des versants ouest et est, c’est-à-dire les zones les moins pentues et les plus ensoleillées, aurait pu abriter les vignes ainsi que les oliviers. Enfin, la partie haute des versants aurait abrité les troupeaux ainsi que les ruches.

 

 

b) L’essor de l’élevage, XVI-XVIIIe S.


     Le refroidissement climatique qui touche l’Europe à la fin du XVe siècle vide rapidement la seigneurie de Banyuls de ses habitants. Si, en 1470, elle abritait 65 « focs » imposables, ce nombre descend à 33 en 1515, pour aboutir à 27 en 1553. Cette baisse démographique laisse de nombreuses terres vacantes. Les paysans de la vallée s’adaptent en réorganisant les terres afin de centrer l’économie sur l’élevage.

 

     En 1791, Jean-Ange Ferrer dit du Casteill, premier maire élu de la commune, établit un "Etat de la commune de Banyuls-sur-Mer", destiné à calculer la somme due par les propriétaires fonciers au titre de la taxation du dixième. Apparaît ainsi Michel Reix dit de la Serra, propriétaire du mas Reig. Pour ses 11 champs (11*0,60 ha = 6,60 ha), ses 18 vignes (18*0,60 ha = 10,80 ha), ses 8 olivettes (8*0,60 ha = 4,80 ha) et ses 1100 têtes d'ovins et de caprins, il est taxé à hauteur de 100 livres.

 

     Comme son nom l'indique, la taxe du dixième représente le dixième de la valeur du foncier taxé, nous permettant d'estimer à 1000 livres la valeur des terres exploitées du mas Reig. Afin de donner un point de comparaison, à la même période, la journée de travail d'un ouvrier agricole oscille entre 8 et 10 deniers, soit un salaire mensuel d'environ 1 livre (1 livre = 20 sous = 240 derniers).

 

     Michel Reix est donc le propriétaire banyulenc le plus taxé en 1791. Pour donner un ordre de grandeur, le deuxième sur la liste est Jean Sagols dit del Puig qui paye 84 livres et 4 sous pour ses 15 hectares de champs, ses 5,40 hectares de vigne, ses 6 hectares d'olivettes et son troupeau de 300 têtes d'ovins et de caprins. Le troisième est François Py surnommé la Banetta du nom de son mas établi dans la vallée de Cosprons, qui pour ses 4,80 hectares de champs, ses 12 hectares de vignes, ses 2,40 hectares d'olivettes et son troupeau de 300 têtes d'ovins et de caprins, doit s'acquitter de 55 livres et 16 sous.

 

     Alors que le territoire du mas Reig s'étend sur 600 hectares environs, seuls 22 sont dévolus à l'agriculture. Les 578 hectares restants sont couverts de bois de chênes-rouvres, de bois pâturés, de pâtures et de garrigues, dans lesquels paissent les 1100 ovins et caprins. La taille imposante de ce troupeau est hors norme dans la vallée. En effet, juste derrière Michel Reix et ses 1100 bêtes, arrive Jean-Ange Ferrer dit du Casteill installé dans le mas de l'Empurdanes au-dessus du Puig-del-Mas, qui ne peut aligner que 500 têtes d'ovins et de caprins.


     Dans l’inventaire du mas établi le 29 floréal An IV (18 mai 1796), l'importance de la part de l’élevage dans l'économie du mas se retrouve, puisque le domaine possède désormais deux « cortals » (étables) : « (...) La casa Vella avec son troupeau. (...), toute équipée de la cave à l’étage. Les terres comprennent les vignes et garrigues en Vall Pompo et Coma Pascuala [Coma de Pascole] avec le corral de Dalt, le corral dit de Vall Pompo avec les terres alentours se comptant par centaines de jornals (journées d’ouvrier). Les champs dits d’els roures blancs, les champs dits d’Amunt ou per d’alt de l’aire [actuel lieu-dit la Pardalère], les jardins dits de la sola de la Querra (Puig del Mas) et las planas de San Juan, les oliviers au lieu-dit lo Vignal, la portion de terres dites de la muntanya de Cerveira. (...) ».

     
 

c) Le chemin des chèvres en 1814

 

     Le plan cadastral établi en 1814 représente un chemin aujourd’hui connu localement sous le nom de « chemin des chèvres ». Il part du « Serrat Santa-Maria », pour arriver à la patte d’oie du mas Reig, où il se scinde entre le chemin qui descend à l’est vers le plat Saint-Jean et celui qui descend à l’ouest vers le mas Paroutet.

 

     La présence de cet ancien chemin met en évidence l’importance de cette partie du versant que le mas surplombe, tant dans les échanges que le mas entretenait avec les différents espaces qui composaient son domaine, que dans ceux qu’il avait noués avec les autres habitats de la vallée. Le point fixe du mas depuis au moins le XIIIe siècle, est devenu fixateur pour les paysages environnants et les cheminements dans la vallée.

 

     Si les aménagements urbains et routiers du lieu-dit le Pardal ont profondément modifié, voire fait disparaître une partie des tracés des chemins menant au « Serrat Santa-Maria » au nord, et au mas Paroutet à l’ouest, en revanche, la patte d’oie et le chemin des chèvres ont été conservés. La patte d’oie a été fossilisée devant l’actuelle tour du mas Reig par les tracés des actuelles voies routières. Le chemin dit des chèvres lui est resté quasiment intact, hormis l’étagement de sa voie par quelques marches en béton, et l’installation d’une descente en fonte (diamètre 200 environ avec manchons boulonnés) probablement au début du XXe siècle. Large d’un peu plus d’un mètre, ce chemin est bordé dans sa partie sud par un muret haut d’à peu près un mètre, construit en pierres sèches montées sans mortier, et ayant connu plusieurs phases de réparation de sa partie haute.


     En essayant autant que faire se peut de ne pas créer de liens artificiels de causalité entre différents éléments, afin de dresser une image idéalisée d’un modèle d’exploitation agricole fantasmé, nous notons cependant la présence d’un faisceau de liens qui convergent vers une des activités agricoles du mas, à savoir l’élevage. Dans un petit territoire surplombé directement par les bâtiments du mas se trouve un puits adossé à une structure de forme rectangulaire (abreuvoir ?). Ce puits et cette structure sont implantés à proximité d’un chemin connu localement sous le nom de « chemin des chèvres ». Est-il pertinent d’établir un lien entre ces structures ? Faute d’études archéologiques et historiques plus poussées, il n’est pas possible de poursuivre plus avant cet hypothétique lien. Nous leurrons-nous en voulant projeter les informations glanées dans la documentation historique ? Ou avons-nous décelé en croisant les données textuelles et archéologiques l’un des espaces du mas dévolu à l’élevage ?

La patte d'oie au niveau du mas Reig avec le chemin menant au Serrat Santa Maria au nord et celui menant au mas Paroutet à l'ouest, Section A2 - Plan cadastral de la commune de Banyuls-sur-Mer, 1814

La patte d'oie au niveau du mas Reig avec le chemin menant au Serrat Santa Maria au nord et celui menant au mas Paroutet à l'ouest, Section A2 - Plan cadastral de la commune de Banyuls-sur-Mer, 1814

Le chemin des chèvres, de la patte d'oie au pied du mas Reig jusqu'au plat Saint Jean, Section C2 - Plan cadastral de la commune de Banyuls-sur-Mer, 1814

Le chemin des chèvres, de la patte d'oie au pied du mas Reig jusqu'au plat Saint Jean, Section C2 - Plan cadastral de la commune de Banyuls-sur-Mer, 1814

Sources : 

  1. Archives Départementales des Pyrénées-Orientales (A.D.P.O.), Série 1024W16, Plan cadastraux de Banyuls-sur-Mer, 1814
  2. ALART Bernard, Notices historiques sur les communes du Roussillon, 1re série, Charles Latrobes Imprimeur, Perpignan, 1868.
  3. BASSEDE Louis, « Toponymie historique de Catalunya-nord », n° 73-80, In Revue Terra Nostra, Prades, 1990.
  4. FERRER Michel,
    1. Banyuls-sur-Mer. Terra dels Avis, Minuprint, Perpignan, 1995 (1994).
    2. Terre des ancêtres. Banyuls-sur-Mer 1659-1793, Minuprint, Perpignan, 1996.
  5. PONCET Olivier, "La retenue à la source : Louis XIV y avait pensé", N° 455, In : Revue L'Histoire, janvier 2019.
  6. RIEDMATTEN (de) L., "Monnaies, salaires et prix à travers l’histoire", Tome 85, In : Journal de la société statistique de Paris, 1944.
Publicité
24 août 2025

L'histoire du mas Reig, XIIIe-XIXe S. : la persistance des limites du mas

B) La persistance des limites du mas
 

a) La donation de 1246

 

     Le 18 octobre 1246, Guillema, la femme du chevalier Guillem Ier de Pau seigneur de Banyuls, donne un « honor » à la commanderie de l’Ordre du Temple installée au mas Deu. Ce don marque la première mention retrouvée du mas dans les sources.

 

     Cette « tenancia » confronte, au nord, « la coma de Pascuala » (A), à l’est, « el pla de San Juan », au sud, « l’honor de la domus d’en mas de Roda, cellera de San Pere de Rodens » (les terres de la maison du mas de Rodes, le cellier du monastère Saint-Pierre, soit l’actuel Puig-del- Mas), et à l’ouest, « el serrat de Santa-Maria » (C). Ainsi, ce mas possède les deux versants de la partie haute du « correc » d’el Vall-Pompo, depuis sa source au col de Llagastera, jusqu’au « rec » de la Baillaury, à l’actuel pont du Puig-del-Mas.

L'aire du mas Reig en 1246, Carte topographique

L'aire du mas Reig en 1246, Carte topographique

b) L’inventaire après décès de 1796

 

     Le 29 floréal An IV (18 mai 1796), Marie Reig, veuve de Bonaventure, fait établir l’inventaire après décès de son époux, propriétaire du mas. L’héritage de Michel, le fils mineur du couple, se compose de : « (...) Una casa (...). La casa Vella avec son troupeau. La casa en Voramar [la maison dans le hameau du bord de mer], (...) Les terres comprennent les vignes et garrigues en Vall Pompo et Coma Pascuala [Coma de Pascole], avec le « corral de Dalt » [actuel lieu-dit la Pardalère], le corral dit de Vall Pompo avec les terres alentours se comptant par centaines de jornals (journées d’ouvrier). Les champs dits d’els roures blancs [les chênes blancs], les champs dits d’Amunt ou per d’alt de l’aire [actuel lieu-dit la Pardalère], les jardins dits de la sole de la Querra (Puig del Mas), et las planas de San Juan, les oliviers au lieu-dit lo Vignal, la portion de terres dites de la muntanya de Cerveira. (...) ».

 

     Ainsi, à la fin du XVIIIe siècle, l’étendue du mas occupe toujours le territoire décrit lors de la donation de 1246, laissant entrevoir la persistance de ce gros mas prospère dans le paysage de la vallée. Cette persistance, sans grand changement, peut s’expliquer par l’unicité d’un territoire agricole qui couvre les deux versants de la partie haute du « correc » du Vall-Pompo, depuis sa source sous le col de Llagastera (B), jusqu’au « pla San Juan » (actuel lotissement entourant le gymnase) bordant le « rec » de la Baillaury. Les limites de ce territoire agricole semblent se confondre avec les deux crêtes qui forment le cirque de Llagastera. Perpendiculaire à la vallée principale de la Baillaury, axée est-ouest, cette petite vallée secondaire est orientée nord-sud. Culminant à 235 m d’altitude, elle descend sur 2,5 km, pour rejoindre le plat Saint-Jean situé à 10 m d’altitude.

 

 

c) Carte et plans cadastraux, 1797 & 1814


     Avant l’établissement par Napoléon du cadastre moderne reposant sur des plans couplés à des registres, le lancement de la triangulation géodésique de son royaume par Louis XIV nous permet d’avoir le premier plan de la paroisse de Banyuls, dressé en 1737-1738, publié en 1744 et corrigé une première fois en 1747 puis une seconde en 1797.

 

     Cependant, notre joie est de courte durée, car si la « torra d’en Reix » (la tour de Reig) est bien dessinée et appelée, par un excès de francisation ou plutôt de latinisation, « Tour de Rex » (la tour du roi / cercle rouge), en revanche, son territoire se situe juste à la soudure entre deux planches. Ainsi, le tracé du Vall-Pompo et ses deux versants, celui du serrat de Sainte-Marie à l’ouest et celui de la coma de Pascole à l’est, ne sont pas représentés.

Paroisse de Bagnols de Marenda, Carte de Cassini, Rectangle n°18 / Carré n°133, 1797

Paroisse de Bagnols de Marenda, Carte de Cassini, Rectangle n°18 / Carré n°133, 1797

     Les plans cadastraux napoléoniens, dressés en 1814 pour la commune de Banyuls-sur-Mer, apportent quelques informations, en précisant les bâtiments établis au lieu-dit « la Serra ». Sont localisés le mas (A) et probablement « la casa Vella » (B). La nouveauté est le moulin à huile (C), jamais mentionné dans les textes. Appartenait-il au mas ?

Les bâtiments présents au lieu-dit « la Serra » en 1814, Fond de carte : Tableau d’assemblage, Plan cadastral de Banyuls-sur-Mer, 1814

Les bâtiments présents au lieu-dit « la Serra » en 1814, Fond de carte : Tableau d’assemblage, Plan cadastral de Banyuls-sur-Mer, 1814

Sources

  1. Archives Départementales des Pyrénées-Orientales (A.D.P.O.), Série 1024W16, Plan cadastraux de Banyuls-sur-Mer, 1814
  2. Portail Géo de l'I'institut National de Géographie (I.G.N.), Carte de Cassini, Rectangle n°18 / Carré n°133, Edition de 1797, Paroisse de Bagnols de Marenda
  3. ALART Bernard, Notices historiques sur les communes du Roussillon, 1re série, Charles Latrobes Imprimeur, Perpignan, 1868.
  4. BASSEDE Louis, « Toponymie historique de Catalunya-nord », n° 73-80, In Revue Terra Nostra, Prades, 1990.
  5. CAPEILLES Jacques, Dictionnaire de biographies roussillonnaises, Imprimerie-librairie catalane J. Comet, Perpignan, 1914.
  6. FERRER Michel, Banyuls-sur-Mer. Terra dels Avis, Minuprint, Perpignan, 1995 (1994).
17 août 2025

L'histoire du mas REIG, XIIIe-XXe S. : la succession des propriétaires

A) La succession des propriétaires

a) Dans les mains des ordres religieux, XIIIe-XVe S


     De 1246 à 1440, le mas est lié à la famille de Pau, qui exerça la fonction de seigneur de Banyuls jusqu’en 1702.

 

     Le 15 des calendes de juin (20 mai) 1248, le comte d’Empuries Pons-Hugues IV conclut un échange avec le roi d'Aragon Jacques le Conquérant. Le comte reçoit : « (...) dans la paroisse de Saint-Jean et adjacente de Sainte-Marie de Ses Abeilles ; c’est-à-dire les manses et masades, hommes et femmes, présents et futurs, censives, usages, quarts, quintes, agriers, tasques et brassatges, questes, toltes, forces ; albergues, justices, fiefs, alleux, hommages de chevaliers, emprius, droits et seigneuries, services, pacages, pâtures, bois, herms et cultures, montagnes, plaines, eaux et aygats et toutes autres choses qui peuvent nous appartenir en dite vallée tant sur terre que sur mer. (...) ».

 

     Déjà établi sur la vallée de Cosprons et le haut de la vallée de Banyuls, le chevalier feudataire (titulaire d'un fief) Guillem de Pau reçoit en 1249 du comte d’Empuries le droit de bâtir « une força » (forteresse) dans la paroisse Sainte-Marie des Abeilles. Familier de la cour du comte d’Empuries et ne résidant pas dans la vallée, Guillem fait bâtir au lieu-dit les Abeilles, un gros mas fortifié à quelques mètres de l’église Sainte-Marie, juste en face de la façade d’entrée (qui se situait sur la façade pignon ouest avant son déplacement sur le mur gouttereau sud, durant le XVIIIe siècle). 

 

     Deux ans avant l’échange de 1248, la famille de Pau, familière du comte d’Empuries, possède déjà des terres, des mas ainsi que des droits seigneuriaux dans la vallée de Banyuls et de Cosprons. En effet, le 18 octobre 1246, Guillema, la femme du chevalier Guillem de Pau, donne un « honor » à la commanderie de l’Ordre du Temple installée au mas Deu. L’Ordre reçoit un mas que le texte nomme « el vilar de la serra superior », l'actuel mas Reig.

 

     Avec la chute de l’Ordre du Temple, durant l’année 1311, le mas passe sous l’autorité de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean. De 1311 à 1401, l’Ordre afferme le mas à une famille qui lui est proche, la famille Pompy, aussi écrite Pampy.

 

 

b) Dans les mains des seigneurs de Banyuls, XVe S.


     Après 150 ans dans les mains de l’Ordre du Temple, puis de celui de Saint-Jean, le mas revient dans le giron de la famille seigneuriale de Pau, aussi écrite de Pavo.

 

     Le 7 août 1401, devant le notaire de Collioure, un acte de donation est passé : « (...) Moi, Guillem de Pavo, donzell de Bajulis de Marisma, et ma femme Francisca, en notre castell de Apibus, transmettons à notre fils héritier Johan [1er] de Pavo, homme - solido y amensat - (chevalier), le mas dénommé Pampy. Fait « en lo loch del castri d'Apibus » (...) ». Bien que la possession du mas revienne dans les mains du seigneur de Banyuls, la famille Pampy reste locataire du mas et de ses terres. 


 

     Condamné en 1440 pour l’assassinat du confesseur de la reine d’Aragon, son fils et successeur à la tête de la seigneurie de Banyuls Joan II de Pavo doit payer une lourde amende. Pour ce faire, il vend une grande partie de ses possessions dans sa seigneurie. Il cède alors le mas à la famille déjà locataire, la famille Pampy qui y réside dans jusqu'aux années 1480-1490, lorsqu'elle le revend à son tour à la famille Paré.

 

 

c) Dans les mains des familles Paré et Reig, puis de la mairie de Banyuls-sur-Mer, XVe-XIXe S.


     En 1492, le mas est occupé par Johan Paré, aussi écrit Perer et Parer, le « batlla-jutge de la vall » (bailli-juge de la vallée).

 

     Durant le XVIIe siècle, commencent à apparaître les surnoms « de la Serra », « de la Torra » et « d’amunt » pour désigner tous les membres de la branche de la famille Paré qui résident dans le mas. L'existence de ces trois surnoms collectifs laisse entrevoir dans l'arbre de la famille Paré, une des branches installée dans le mas, elle-même subdivisée en trois rameaux : celui "de la Serra" habite le mas, celui " de la torra" réside dans la tour voisine, et enfin celui "d'amunt" loge probablement dans le "cortal" (bergerie) construit au lieu-dit "per d'alt de l'aire" (au-dessus de l'aire ... sous-entendue l'aire de battage du mas Reig) aujourd'hui connu sous le toponyme la Pardalère . 

 

     La cohabitation et la coexistence d'au moins trois noyaux familiaux permet d'envisager la superficie que couvrent les terres du mas, qui peuvent les nourrir. La construction au lieu-dit "per alba" (où point l'aube), du mas sur "la serra" (la partie sommitale arasée de la colline), est suivie par l'édification à proximité du mas de plusieurs bâtiments qui servent de logements et d'entrepôts pour les activités agricoles ainsi que pour l'élevage. Le mas et son excroissance urbaine organique qui couvre encore aujourd'hui quasiment un hectare, pourrait expliquer le premier nom qu'a porté le mas de 1246 à 1401 : "el vilar de la serra superior" (littéralement le village du sommet de la colline qui surplombe ... implicitement la colline moins élevée du Puig-del-Mas, située juste en face sur la rive droite du "rec" de Vall-Aury).

 

 

     De 1729 jusqu’en 1818, la famille Paré vend progressivement les terres du mas. Si quelques parcelles situées en limites du territoire du mas sont rachetées par des habitants de la vallée, l’essentiel des terres est soit acquis, soit intégré par mariage par la famille Reig, qui prend ainsi le surnom « de la Torra » et "de la Serra", tout en donnant son nom actuel au mas ; la valse des toponymes (noms de lieux) et des anthroponymes (noms propres).

 

 

     Durant l’année 1865, les propriétaires du mas, Bonaventure Reig et sa femme, partent en pèlerinage à Notre-Dame de la Salette. De retour, le couple fait construire au sommet de la colline Santa-Maria une petite chapelle votive à laquelle il donne le nom de Notre-Dame de la Salette. À sa mort sans enfant, le couple lègue le mas et ses terres à la commune de Banyuls, qui fait des terres et des bâtiments la base financière du Centre Communal d’Actions Sociales (C.C.A.S.).

 

 

Sources : 

  1. ALART Bernard, Notices historiques sur les communes du Roussillon, 1re série, Charles Latrobes Imprimeur, Perpignan, 1868.
  2. BASSEDE Louis, « Toponymie historique de Catalunya-nord », n° 73-80, in Revue Terra Nostra, Prades, 1990.
  3. CAPEILLES Jacques, Dictionnaire de biographies roussillonnaises, Imprimerie-librairie catalane J. Comet, Perpignan, 1914.
  4. FERRER Michel, Banyuls-sur-Mer. Terra dels Avis, Minuprint, Perpignan, 1995 (1994).
16 août 2025

L'histoire du mas Reig, XIIIe-XXIe S.

Le Mas Reig, Photographie, Vers 1920

Le Mas Reig, Photographie, Vers 1920

Une approche horizontale pluridisciplinaire


      Nous posons en introduction notre cadre méthodologique, à savoir la distinction définie par Gérard Chouquer, entre l’archéologie qui se focaliserait sur la verticalité, et l’archéo-géographie qui s’intéresserait à l’horizontalité [CHOUQUER Gérard, 2008].

 

     Par une lecture horizontale, nous avons tenté de comprendre l’organisation urbaine et agricole du mas Reig, depuis son apparition dans les textes en 1246, jusqu’à la construction de la chapelle votive Notre-Dame de la Salette en 1865. Ces deux dates bornent la chronologie particulière du mas Reig, qui s’étend depuis le Moyen Âge central jusqu’aux dernières années du Second empire.

 

     Pour encadrer notre lecture de ce territoire particulier sur un temps long, nous plaçons notre regard à la convergence de plusieurs disciplines que sont l’archéologie, la géographie physique et l’histoire :

  • Des prospections pédestres et visuelles sur la totalité du territoire étudié ont permis de voir de nombreux vestiges ;
  • Grâce à l’application « Ma carte en ligne », publiée par le Géoportail de l’Institut National de l’Information Géographique et Forestière (I.G.N.), nous avons pu intégrer la topographie du territoire étudié, ainsi que son couvert forestier actuel ;
  • Les informations archéologiques et topographiques collectées ont alors été mises en relation avec les informations glanées lors de la lecture des publications des historiens et des archéologues qui ont déjà travaillé sur le sujet ; elles-mêmes complétées par le dépouillement des plans cadastraux et des registres paroissiaux et d’état-civil de la commune de Banyuls-sur-Mer conservés aux Archives Départementales des Pyrénées-Orientales (A.D.P.O.).

 

     La persistance des limites du mas, de 1246 à 1795, nous a permis de ne pas tomber dans la fétichisation du territoire du mas, ni dans un excès de fixisme de ses limites [CHOUQUER Gérard, 2008]. De plus, le caractère agricole de ces terres, qui se poursuit encore aujourd’hui sur l’essentiel des limites de l’ancien mas, nous a évité d’imprimer une vision idéalisée, nous permettant ainsi de laisser s’exprimer les dynamiques qui ont traversé ce territoire en l’architecturant [CHOUQUER Gérard, 2008].

 

     Si nous avons introduit notre analyse par la distinction entre lectures horizontale et verticale, nous savons qu’elle est en partie illusoire, puisque ces deux dimensions et ces deux approches entretiennent depuis de nombreuses années un dialogue incessant et nécessaire, pour offrir une vision à la fois plus large et plus fine. Ainsi, il serait nécessaire de confronter notre lecture horizontale géohistorique à l’approche verticale de l’archéologie.
 

 

 

1/ L'histoire du mas Reig, XIIIe-XXe S.

A) La succession des propriétaires 

a) Dans les mains des Ordres

b) Dans les mains des seigneurs de Banyuls

c) Dans les mains des familles Paré, puis Reig et enfin de la mairie de Banyuls-sur-Mer

B) La persistance des limites du mas

a) La donation de 1246

b) L'inventaire après décès de 1796

c) Les représentations graphiques de 1797 et 1814

C) Une exploitation agricole stable parce qu'adaptable

a) La polyculture vivrière, XIIIe-XVe S.

b) L'essor de l'élevage, XVIe-XVIIIe S.

c) Le "chemin des chèvres", 1814

2/ L'histoire du mas Reig, XIXe-XXIe S.

A) La monoculture de la vigne, XIXe-XXIe S.

a) L'inauguration de la gare

b) La monoculture de la vigne

c) Des vestiges encore inexpliqués

B) L'urbanisation, XIXe-XXIe S.

a) L'emprise au sol du mas

b) Le quartier de la Pardalère

c) L'extension du quartier de la Rectorie

C) Les friches agricoles, XXe-XXIe S.

a) La présence des chênes

b) Le territoire du lézard ocellé

c) Le retour de l'élevage

Ouvrages méthodologiques

  1. BERQUE Augustin, Écoumène. Introduction à l’étude des milieux humains, Collec. « Mappemonde », Belin, Paris, 2000.
  2. CHOUQUER Gérard,
    1. Quels scénarios pour l’histoire du paysage, Orientations de recherches pour l’archéogéographie, Tome 1, Editions CEAUCP, Coimbra-Porto, 2007.
    2. La Crise des récits géohistoriques, Tome 2, Editions Errance, Paris 2008.
    3. L’Archéologie des disciplines géohistoriques, Tome 3, Editions Errance, Paris 2013.
  3. GEORGE Pierre & VERGER Fernand, Dictionnaire de la géographie, Collec. « Dictionnaires », Quadriges, Paris, 2013.

 

Les cartes en ligne

  1. Géoportail « IGN »
  2. Géoportail « Urbanisme »
Publicité