Note d'intention à l'attention des visiteurs
Les 14 et 15 juin 2025, sous l'égide de Veille Citoyenne de Banyuls-sur-Mer et du Collectif citoyen, s'est tenu à Banyuls un colloque intitulé "Nous aussi à Banyuls, cultivons l'eau !".
Le flyer du colloque
Invités, nous sommes intervenus le samedi 14 juin, afin d'expliquer les usages de l'eau dans la vallée de Banyuls, tout au long de son histoire, du Xe au XXIe siècle. Nous avons conclu que si un paysan utilisait une moyenne de 20 litres d'eau par jour au Moyen-Âge (Xe-XVe S.), il en consommait 40 litres durant l'époque moderne (XVIe-XVIIIe S.).
La consommation quotidienne se répartissait ainsi. D'abord 1 à 2 litres d'eau pour la boisson, souvent complétés ou remplacés par de la bière, du cidre ou du vin faible en degré. Puis, quelques litres pour la préparation des bouillies et des soupes. Enfin, quelques litres pour un brin de toilette de base. Le linge était lavé de façon très espacée pour économiser l'effort et la ressource. Il faut noter que, contrairement à aujourd'hui, l'irrigation des champs n'existait pratiquement pas en culture maraîchère ou céréalière classique ; les cultures dépendaient entièrement de la pluie.
Qu'est-ce qui explique le doublement de la consommation d'eau durant l'époque Moderne ? La peste noire de la fin du Moyen-Âge est le déclencheur d'une chaîne d'adaptations qui modifie l'économie de la vallée. Si en 1470 la vallée abritait 60 foyers fiscaux, la peste produit un choc démographique en moins d'un siècle. La vallée passe de 33 foyers en 1515 à 27 en 1553. Cette baisse démographique induit une déprise des terres cultivées. Moins de bras disponibles, moins de terres cultivées. Pour faire face à cette déprise démographique et agricole, les familles restantes se tournent vers l'élevage. Ainsi, lors de "l'état de la commune" établi en 1791, un total de 6 030 têtes d'ovins-caprins sont déclarées par 145 déclarants. L'eau nécessaire pour abreuver une chèvre ou un mouton est en moyenne de 10 litres d'eau par jour. Cette hausse de l'élevage dans l'économie. de la vallée explique le doublement du besoin d'eau durant l'époque moderne.
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Le temps de l'eau rare du Moyen Âge à l'époque moderne - Persée
LE TEMPS DELTA UPARE DU MOYEN AGE POQUE MODERNE étude de eau et de ses modes de consommation du Moyen Age aube du monde industriel révèle une variété considérable utilisations essentielles qu...
https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1984_num_39_2_283062
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Archéo-iconographie du puits au Moyen Âge (XIIe-XVIe siècle) - Persée
DANIELE ALEXANDRE-BIDON ARCHÉO-ICONOGRAPHIE DU PUITS AU MOYEN ÂGE (XIIe-XVIe SIÈCLE) L'approvisionnement en eau constitue l'un des facteurs principaux du confort à l'époque médiévale. Ses mo...
https://www.persee.fr/doc/mefr_1123-9883_1992_num_104_2_3256
L'idée de notre intervention était d'expliquer que notre société actuelle est tellement différente de la société ancienne qu'il reste illusoire aujourd'hui de prendre exemple sur nos ancêtres en matière d'utilisation de l'eau. En effet, aujourd'hui, chaque personne consomme en moyenne 148 litres d'eau par jour. L'écart entre eux et nous est abyssal.
Ceci nous rappelle que l'histoire ne fournit pas des modèles à reproduire mécaniquement. Cette science permet de comprendre pourquoi et comment les sociétés utilisent une ressource différemment selon leur organisation. Le passé n'est pas un catalogue de bonnes pratiques ; c'est une autre société, avec ses besoins, ainsi que son niveau de connaissances et de technicité.
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Consommation d'eau moyenne par foyer en France | Centre d'information sur l'eau
Quelle est la consommation d'eau moyenne d'un foyer en France ? Répartition par usage (douche, WC, vaisselle), chiffres moyens par personne et tendances.
Le lendemain, le 15 juin, l'ingénieur agronome Samuel Bonvoisin nous a expliqué de manière très pédagogique qu'il est préférable que l'eau ne soit pas rapidement évacuée, mais qu'elle puisse stagner sur les terres afin d'être lentement absorbée par les sols et les végétaux. Sans remettre en cause cette affirmation - nous n'en avons pas la compétence - elle nous a semblé entrer en contradiction avec tout le système des agouilles. Sur les terres pentues de la vallée, les drains collecteurs à ciel ouvert construits en pierre sèche, et entretenus par les paysans au fil des siècles, concentrent et évacuent les eaux de pluie afin d'empêcher le ravinement des sols cultivables.
Dans la vallée de Banyuls, les agouilles ne sont justement pas des aménagements conçus pour accélérer arbitrairement l'évacuation de l'eau. Elles s'inscrivent dans un système beaucoup plus complexe : les murettes et les agouilles organisent ensemble la circulation de l'eau sur des terrains extrêmement pentus. Le but de ce système d'ingénierie paysanne est de conserver la faible épaisseur des sols cultivables.
Le 16 avril 2024, ce système de murettes et d'agouilles a été classé par un arrêté ministériel, faisant de la vallée de Banyuls un site patrimonial remarquable. Comme l'indique clairement le préambule de l'arrêté : "(...) Considérant qu'en raison de la qualité et de la valeur d'ensemble de son patrimoine, la conservation, la restauration, la réhabilitation et la mise en valeur des ensembles urbains de la commune de Banyuls-sur-Mer présentent un intérêt public au point de vue historique, architectural, archéologique, artistique et paysager (...)", les agouilles doivent être protégées en leur qualité de témoins historiques.
Ainsi avons-nous soulevé cette contradiction lors de la séance des questions. Ne connaissant pas notre territoire, l'ingénieur agronome a logiquement suspendu son jugement. Cependant, dans le public s'est élevée une voix forte qui a affirmé de manière péremptoire : "Les agouilles ne sont pas faites pour évacuer l'eau de pluie le plus vite possible !" Sur quelle base cette personne appuie-t-elle son affirmation qui n'appelait aucun débat ? Le mystère reste toujours entier, car nous n'avons pas voulu rebondir pour ne pas phagocyter la séance de questions-réponses.
Arrêté ministériel, du 26 avril 2024, classant la vallée de Banyuls en site patrimonial remarquable.
Le 10 août 2026, nous avons animé une conférence sur la piraterie sur nos côtes. Nous avons expliqué le rôle de la lagune du bord de mer qui a longtemps tenu les Banyulencs éloignés de la mer et des plages. Nous avons expliqué que du XIIIe au XVIIIe siècle, les paysans avaient peu à peu drainé ce marécage, probablement avec le même système de drainage que celui qu'ils avaient utilisé sur les pentes. Une biologiste qui se trouvait dans le public a expliqué que les courants maritimes et les inondations avaient probablement aidé les Banyulencs dans leur oeuvre d'assèchement. En apportant une importante quantité de sédiments au cours de ces 600 ans, ces deux phénomènes naturels avaient probablement comblé une partie de la lagune.
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Le Souvenir Français - Comité de Banyuls-sur-Mer vous invite à suivre notre conférence 700 ans de piraterie sur nos côtes Lundi 10 août à 18H00 Immeuble Novelty - Salle n° 1 (bouton 4 dans ...
https://phi66.canalblog.com/2026/08/conference-700-ans-de-piraterie-sur-nos-cotes.html
ABBE Jean-Loup, "L'eau et la terre. Les transformations des milieux humides en Languedoc-Roussillon au Moyen-Âge", In : Revue de l'APAAR, N°. 21 de l'année 2005
Le lendemain, elle nous envoyait un article intitulé "La forte pluviosité de l'automne 1959 à Banyuls. Conséquences sur l'érosion des sols", écrit par André MICHEL, et paru dans la Revue forestière française, dans le n° 4 de l'année 1960. Dans cet article, il écrit :
La Baillaury en crue le 05 octobre 1959, In André MICHEL, "La forte pluviosité de l'automne 1959 à Banyuls. Conséquences sur l'érosion des sols", In : Revue forestière française, dans le n° 4 de l'année 1960.
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André MICHEL, "La forte pluviosité de l'automne 1959 à Banyuls. Conséquences sur l'érosion des sols", In : Revue forestière française, dans le n° 4 de l'année 1960.
Cette première lecture, nous a permis de poursuivre notre recherche bibliographique. Ainsi avons-nous trouvé un article écrit par ALCARAZ Françoise, intitulé "L'environnement et le paysage au secours de deux viticultures héroïques : l'évolution récente des vignobles en terrasses de Banyuls et des Cinque Terre.", publié dans la revue Sud-Ouest européen, dans le tome 5 de l'année 1999.
Le système du peu de gall banyulenc, in ALCARAZ Françoise, "L'environnement et le paysage au secours de deux viticultures héroïques : l'évolution récente des vignobles en terrasses de Banyuls et des Cinque Terre.", In : revue Sud-Ouest européen, dans le tome 5 de l'année 1999.
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SUD-OUEST EUROPÉEN N°5, p. 83-92, Toulouse, 1999 L'ENVIRONNEMENT ET LE PAYSAGE AU SECOURS DE DEUX VITICULTURES HÉROÏQUES L'ÉVOLUTION RÉCENTE DES VIGNOBLES EN TERRASSES DE BANYULS (FRANCE ...
ALCARAZ Françoise, "L'environnement et le paysage au secours de deux viticultures héroïques : l'évolution récente des vignobles en terrasses de Banyuls et des Cinque Terre.", In : revue Sud-Ouest européen, dans le tome 5 de l'année 1999.
Poursuivant nos recherches bibliographiques, nous découvrons un article écrit par Eric Rouvellac, Fabien Cerbelaud, Rémi Crouzevialle et Véronique Maleval, intitulé « Les enjeux érosifs dans le vignoble patrimonial à fortes pentes de Banyuls-sur-Mer (France) », publié dans le n° 2 de l'année 2021 de la revue Belgeo. Les auteurs définissent leur terrain de recherche, leur problématique et leur méthode :
Ils concluent leur article en indiquant :
Le système des agouilles dans le vignoble banyulencs, in ROUVELLAC Eric, CERBELAUD Fabien, CROUZEVIALLE Rémi & MALEVAL Véronique, « Les enjeux érosifs dans le vignoble patrimonial à fortes pentes de Banyuls-sur-Mer (France) », In : revue Belgeo, n° 2 de l'année 2021.
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ROUVELLAC Eric, CERBELAUD Fabien, CROUZEVIALLE Rémi & MALEVAL Véronique, « Les enjeux érosifs dans le vignoble patrimonial à fortes pentes de Banyuls-sur-Mer (France) », In : revue Belgeo, n° 2 de l'année 2021.
Ainsi, 65 ans avant la tenue du colloque à Banyuls, MICHEL André expliquait l'utilité et l'efficacité des agouilles, dans la conservation des sols cultivables. Les effets sur les sols cultivables ameublis et sans protection herbacée de ces fortes précipitations ont été grandement limités par le système murettes-agouilles. Puis, 26 ans avant la tenue du colloque, après avoir réalisé une étude synoptique entre deux territoire viticole situés en zone montagneuse, la géographe ALCARAZ Françoise arrive à la conclusion que les agouilles concentrent les eaux et les évacuent rapidement, pendant que les murettes retiennent la terre. Enfin, quatre ans avant la tenue du colloque, en s'appuyant sur un drone, une caméra et un logiciel de photogrammétrie, le géographe ROUVELLAC Eric et son équipe corroborent les données livrées par MICHEL André et ALCARAZ Françoise.
Comme nous le rappelons sans relâche, l'étude d'un territoire ne repose pas sur les croyances personnelles de chacun, mais bien sur les faits sourcés et remis dans leur contexte en suivant une analyse rigoureuse selon une méthodologie clairement annoncée.
Contrairement aux croyances de certains, les agouilles, qui sont désormais classées, servent bien à évacuer le plus rapidement possible les eaux de ruissellement, afin d'éviter les lessivages des sols.
Et surtout merci à notre public qui nous aide à améliorer notre travail.
Le Souvenir Français - Comité de Banyuls-sur-Mer vous invite à suivre notre conférence
700 ans de piraterie sur nos côtes
Lundi 10 août à 18H00
Immeuble Novelty - Salle n° 1 (bouton 4 dans l'ascenseur)
Entrée libre et gratuite - Salle climatisée
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Pour voir la première partie de cette conférence, suivez le lien :
Pour voir la participation de notre comité et des élèves du groupe scolaire Aristide Maillol à la
journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leur abolition, suivez le lien :
Archives Départementales des Pyrénées-Orientales, Série 2E269, Registres de la paroisse Sant Joan Evangelista de Banÿuls del Maresma, 1737, ROQUET rector
| Série | Page | Type | Date | Evénement | Témoins | Profession | Lien | Lieu |
| 2E269 | 3D | S | 03/01/1737 | Sépulture de MALLOL Catarina |
MALLOL Juan X Maria |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 3D | S | 09/01/1737 | Sépulture de PAGES Margarida |
PAGES Antoni X Anna |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 3D | S | 16/01/1737 | Sépulture de FARRE Margarida |
FARRE Joseph X Margarida |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 4G | M | 22/01/1737 |
Mariage de PŸ Joseph 32 ans BARBA Marianna |
BARBA Phélip X Francisca |
X X |
Père de la mariée Mère de la marié |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 4D | M | 12/02/1737 |
Mariage de BATTLA Joan VILAREM Maria |
BATTLA Salvador X Catharina VILAREM. Francisco X Gratia |
X X X X |
Père du marié Mère du marié Père de la mariée Mère de la mariée |
Banyuls Banyuls Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 4D | S | 15/02/1737 | Sépulture de REITX Joan |
REIX Andreu X Magdalena |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 4D | B | 18/02/1737 | Baptême de RAFARD Joan, Francisco, Siméon né le 16/02/1732 |
RAFARD Joan X Catharina |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 5G | B | 23/02/1737 |
Baptême de MALLOL Sebastia, Joan, Joseph né le 19/02/1737 |
MALLOL Père X Maria |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 5D | S | 03/03/1737 | Sépulture de CADENA Honorat |
CADENA Francisco X Margarida |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 5D | S | 04/03/1737 | Sépulture de REITX Margarida |
REITX Joan X Margarida |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 5D | S | 05/03/1737 | Sépulture de PAGES Catharina |
PAGES Miguel X Margarida |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 6G | B | 20/03/1737 | Baptême de PAGES Maria, Angelary, Rosa née le 18/03/1737 |
PAGES Pere X Raymonda |
Brasser X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 6G | S | 23/03/1737 | Sépulture de X épouse REITX Mancia | REITX Andreu | X | Son mari | Banyuls |
| 2E269 | 6G | S | 23/03/1737 | Sépulture de AZEMA Vincens |
AZEMA Vicens X Theeresa |
Brasser X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 6D | S | 21/04/1737 | Sépulture de REDA Sebastia |
REDA Joan X Margarida |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 6D | B | 22/04/1737 | Baptême de VALLS Catherina, Margarida, Rosa, Anna née le X |
VALLS Joan X Maria |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 7G | S | 26/04/1737 | Sépulture de X. épouse VALLS Maria | VALLS Joan | Pages | Son mari | Banyuls |
| 2E269 | 7G | B | 28/04/1737 | Baptême de PARER Juste, Margarida, Gertruda née le 25/04/1737 |
PARER Antoni X Anna |
Brasser X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 8G | B | 11/06/1737 | Baptême de XELA Francesch, Joseph, Joan né le X |
XELA Francesch X Francisca |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| Série | Page | Type | Date | Evénement | Témoins | Profession | Liens | Lieu |
| 2E269 | 8G | B | 16/06/1737 | Baptême de CABOT Thereza, Perpetua, Magdalena née le 12/06/1737 |
CABOT Antoni X Théreza |
X X |
Son père Sa mère |
Cosprons Cosprons |
| 2E269 | 8G | S | 18/06/1737 | Sépulture de CABOT Pere |
CABOT Joan X Rosa |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 8D | B | 19/06/1737 | Baptême de PARCE Margarida, Justa, Rosa née le 17/06/1737 |
PARCE Raphel X Margarida |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 8D | B | 20/06/1737 | Baptême de REITX Joseph, Antoni, Francisco né le 20/06/1737 |
REITX Joseph dit d'Amunt X Francisca |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 8D | S | 22/06/1732 | Sépulture de CABOT Magdalena |
CABOT Antoni X Théreza |
X X |
Son père Sa mère |
Cosprons Cosprons |
| 2E269 | 9G | S | 02/07/1737 | Sépulture de REITX Antoni |
REITX Joseph dit d'Amunt X Francisca |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 9G | B | 07/07/1737 | Baptême de CABOT Maria, Rosa, Catharina née le 03/07/1737 |
CABOT Joan X Rosa |
Brasser X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 9D | B | 14/07/1737 | Baptême de REITX Joan, Pere, Francisco, Bonaventura né le 13/07/1737 |
REITX Andreu X Margarida |
Farrer X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 9D | S | 13/07/1737 | Sépulture de CABOT Agnes |
CABOT Antoni X Théreza |
X X |
Son père Sa mère |
Cosprons Cosprons |
| 2E269 | 10G | B | 12/07/1737 | Baptême de SAGOLS Rosa, Francisca, Margarida née le X |
SAGOLS Francisco X Rosa |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 10G | S | 13/07/1737 | Sépulture de COMAS Joan | Los marineros de Portabou à Cadaques | Patrii de la barqua Sant Sebastia | X | X |
| 2E269 | 10G | B | 11/10/1737 | Baptême de PŸ Francesc, Llauren, Bonaventura né le 07/10/1737 |
PŸ Pere X Marianna |
X X |
Son père Sa mère |
Cosprons Cosprons |
| 2E269 | 10D | B | 07/10/1737 | Baptême de BAUS Pere, Joseph, Miguel né le Xl |
BAUS Mag X Magdalena |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 10D | B | 23/10/1737 | Baptême de COSTA Maria, Rosa, Petronilla née le 21/10/1737, en la capella de Los avallos |
COSTA Joan X Maria |
X X |
Son père Sa mère |
endit terme da los avallos |
| 2E269 | 10D | S | 23/10/1737 | Sépulture de X épouse LAURIEL Margarida | LAURIEL Joan | Brasser | Son mari | Banyuls |
| 2E269 | 11G | B | 30/10/1737 | Baptême de ATXER Joan Angel, Francesch, Llois, Simon né le 28/10/1737 |
ATXER Joan Angel X Paula |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 11G | B | 14/11/1737 | Baptême de REDA Anna, Thereza, Martha née le X |
REDA Salvador X Thereza |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 12G | B&S | 15/11/1737 | Baptême et sépulture de ALPHARES Joan |
ALPHARES Joan X Maria |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 12D | B | 15/12/1737 | Baptême de PŸ Francisca, Maria, Llucia née le 14/12/1737 |
PŸ Joseph X Marianna |
X X
|
Son père Sa mère |
Cosprons Cosprons |
| Série | Page | Type | Date | Evénement | Témoins | Profession | Liens | Lieu |
| 2E269 | 12G | B | 25/12/1737 | Baptême de BATTLA. Salvador, Joan, Francisco né le 23/12/1737 |
BATTLA Joan X Maria |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
| 2E269 | 12D | B | 29/12/1737 | Baptême de CADENA Margarida, Maria, Catharina née le 28/12.1737 |
CADENA Francisco X Margarida |
X X |
Son père Sa mère |
Banyuls Banyuls |
Introduction méthodologique
Cette étude ne relève ni d’une généalogie familiale ni d’une simple histoire démographique. Elle repose sur une approche prosopographique appliquée à un corpus volontairement discontinu de registres paroissiaux puis d’état civil, à partir des années 1737, 1745, 1755, 1765, 1775, 1785, 1795, 1805, 1815 et 1825. L’objectif n’est donc pas de reconstituer exhaustivement les filiations, mais d’observer les structures relationnelles qui organisent la communauté banyulencque sur le long XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle.
L’analyse distingue trois niveaux complémentaires : l’individu, la famille et le lignage. L’individu correspond à l’acteur concret apparaissant dans l’acte ; la famille désigne le groupe domestique ou parental immédiatement observable ; le lignage renvoie quant à lui à une continuité patronymique plus large, suivie sur plusieurs générations malgré les variations orthographiques des registres. Ce n’est donc ni l’individu isolé ni la famille nucléaire qui constituent ici l’unité principale d’analyse, mais le lignage envisagé comme acteur relationnel durable au sein du système matrimonial.
L’étude s’inscrit également dans une démarche de micro-histoire par le changement d’échelle : à travers l’observation fine des alliances d’une communauté restreinte, elle cherche à mettre en évidence des logiques sociales plus larges de stabilité, de mobilité et de recomposition. Le réseau matrimonial devient ainsi un révélateur des mécanismes d’intégration, de hiérarchisation et de circulation sociale à l’intérieur du village.
Cette méthode conduit enfin à une réflexion relevant des régimes d’historicité. Les crises démographiques, les guerres ou les phases de croissance ne sont pas seulement envisagées comme des événements extérieurs affectant la population ; elles sont étudiées à travers la manière dont la communauté absorbe, transforme ou réorganise ses structures relationnelles. L’analyse cherche ainsi moins à suivre une évolution linéaire qu’à comprendre la permanence et les recompositions d’un système matrimonial confronté aux ruptures de l’histoire.
1. Les lignages du noyau
Le noyau présente sur l'ensemble de la période une double dynamique de stabilité structurelle et de recomposition interne. Sa composition ne varie pas. Les six mêmes lignages le constituent de 1737 à 1815 , mais les rapports de force entre ces lignages se redistribuent profondément. REIG, pivot dominant de la première période, voit sa fréquence relative décliner au moment même où PAGES et PY progressent fortement, tandis que SAGOLS maintient une stabilité parfaite et que MALLOL et VILAREM progressent modestement. C'est précisément parce que la composition du noyau est fermée et stable que cette recomposition interne peut s'opérer sur le long terme sans rupture visible, puisque la continuité du groupe est la condition même de la fluidité des hiérarchies qui s'y jouent.
1) REIG / REITX / REIX / REICHE : Première apparition en 1737. Famille du noyau sur toute la période, mais avec une évolution significative. C'est le lignage le plus cité de la première période (32 occurrences), ce qui confirme son rôle de pivot structurant décrit dans les analyses, lignage connecteur dominant en 1745-1755, progressivement concurrencé par d'autres familles centrales à partir de 1765. La légère baisse en 1795-1815 (26 occurrences) traduit précisément cette polycentralisation du noyau. REIG reste central mais ne domine plus seul. Il cède du terrain en fréquence relative au profit de PAGES et PY qui, eux, progressent fortement sur la même période. La stabilité de position masque donc un recul relatif au sein même du noyau. => Lignage stable, mais famille en légère baisse.
2) MALLOL / MAILLOL : Première apparition en 1737. Famille du noyau sur toute la période, avec une trajectoire inverse de REIG : stable en fréquence (20 puis 24 occurrences), elle progresse légèrement quand REIG recule. Ce mouvement croisé confirme la polycentralisation du noyau. MALLOL absorbe une partie de la centralité perdue par REIG sans pour autant s'imposer comme lignage dominant unique. Sa progression modeste mais continue sur les deux périodes en fait l'une des familles les plus régulières du système, ni en déclin ni en explosion démographique. => Lignage stable mais famille en légère hausse.
3) SAGOLS : Première apparition en 1737. C'est le cas le plus remarquable du noyau : 20 occurrences dans les deux périodes, soit une stabilité parfaite. Alors que REIG recule et que PAGES ou PY progressent fortement, SAGOLS maintient exactement son niveau. Cette constance exceptionnelle sur près d'un siècle en fait le lignage le plus stable structurellement du village, ni moteur de changement, ni victime des recompositions, mais ancre permanente du système matrimonial. => Lignage et famille stables.
4) PY / PI : Première apparition en 1737. Famille du noyau sur toute la période, avec une progression forte (9 puis 17 occurrences). PY fait partie des lignages qui bénéficient directement de la polycentralisation du noyau. Discret dans la première période, il monte en puissance dans la seconde au moment précis où REIG recule. Cette trajectoire ascendante au sein même du noyau suggère un lignage en cours de consolidation, qui gagne en importance relative sans avoir jamais quitté le centre du système. => Lignage stable et famille en forte hausse.
5) PAGES : Première apparition en 1737. Trajectoire similaire à PY, mais encore plus marquée : 9 occurrences dans la première période, 19 dans la seconde, soit un doublement. PAGES est avec PY le principal bénéficiaire du recul relatif de REIG. Ce bond en fréquence sur 1795-1815 en fait l'un des lignages les plus dynamiques du noyau sur la période tardive, confirmant que la polycentralisation profite d'abord aux familles centrales jusqu'alors dans l'ombre de REIG. => Lignage stable et famille en forte hausse.
6) VILAREM : Première apparition en 1737. Famille du noyau sur toute la période, avec une progression légère mais régulière (8 puis 12 occurrences). VILAREM présente un profil intermédiaire entre la stabilité parfaite de SAGOLS et la progression forte de PAGES ou PY. Jamais dominant, jamais en recul, il assure une présence continue et discrète dans le cœur du système. Sa progression modeste sur la seconde période confirme qu'il bénéficie lui aussi, à sa mesure, de la recomposition du noyau. => Lignage stable et famille en légère hausse.
2. Les lignages relais
Les relais présentent sur la période une dynamique interne complexe, loin de la stabilité monolithique que leur rôle structurel pourrait laisser supposer.
Le premier mouvement est celui d'un renouvellement par le haut. CABOT et ROCARIAS s'imposent comme les relais les plus dynamiques de la seconde période, avec des progressions en fréquence qui doublent ou triplent leurs occurrences initiales. Ce dynamisme coïncide précisément avec l'explosion démographique de la fin du XVIIIe siècle. Ces lignages renforcent leur rôle d'interface au moment où le système en a le plus besoin. BATTLA, CHELE/XELA et PARCE suivent une trajectoire similaire mais plus modeste, consolidant progressivement leur position sans jamais s'imposer comme pivots majeurs.
À l'opposé, PARER et REDE, deux des relais fondateurs les plus actifs de la première période, connaissent un recul en fréquence notable. Ils cèdent du terrain sans perdre leur position, mais leur dynamisme matrimonial s'érode face à la montée de nouveaux acteurs. Ce croisement entre relais anciens en recul et relais récents en progression dessine une forme de rotation interne à l'espace intermédiaire.
Au centre de ces mouvements, ATXER, MASSOT, DOUZANS et MARCH forment un socle stable, dont la fréquence ne varie pratiquement pas sur l'ensemble de la période. Ce sont les véritables piliers de l'espace intermédiaire, ni en déclin ni en expansion, ils assurent la continuité structurelle des relais indépendamment des recompositions qui s'opèrent autour d'eux.
Au total, l'espace des relais n'est pas un bloc homogène mais un champ traversé par des dynamiques de montée et de recul, où les lignages les plus anciens cèdent progressivement de leur dynamisme au profit de lignages plus récents ou plus adaptés aux nouvelles conditions démographiques, sans que la composition globale de cet espace en soit fondamentalement altérée.
A. Les lignages relais en hausse
1) CABOT : Première apparition en 1737. Relais connaît une progression forte (5 puis 11 occurrences), l'une des plus marquées parmi les relais. Cette montée en fréquence sur 1795-1815 en fait l'un des relais les plus dynamiques de la seconde période, au moment précis où le village connaît son explosion démographique. CABOT semble bénéficier directement de cet afflux de population, renforçant son rôle d'interface au moment où le système en a le plus besoin. => Lignage stable, mais famille en forte hausse. => Lignage stable et famille en forte hausse.
2) ROCARIAS / ROCARI / ROCARIES : Première apparition en 1755. Relais stable sur toute la période, avec une progression forte (4 puis 8 occurrences), doublement de la fréquence entre les deux périodes. C'est l'un des relais les plus tardifs dans son apparition, mais aussi l'un des plus dynamiques dans la seconde période. Sa montée en fréquence au moment de l'explosion démographique suggère un lignage qui profite directement de l'afflux de population pour renforcer son rôle d'interface. ROCARIAS illustre ainsi la capacité du système à produire de nouveaux relais actifs à partir de lignages apparus tardivement, sans passer par une longue phase périphérique. => Lignage stable, mais famille en forte hausse. => Lignage stable et famille en forte hausse.
3) BATTLA / BAILLE : Première apparition en 1737. Relais avec une légère progression en fréquence (6 puis 8 occurrences). Présent dès les premières coupes, BATTLA s'inscrit dans la durée sans jamais s'imposer comme relais dominant. Sa progression modeste sur la seconde période suggère un lignage qui se consolide lentement, accompagnant la croissance démographique du village sans en être un acteur majeur. => Lignage stable, mais famille en légère hausse. => Lignage stable et famille en légère hausse.
4) CHELE/XELA : Première apparition en 1737. Relais avec une progression légère (5 puis 7 occurrences). Présent dès l'origine, CHELE/XELA maintient une position intermédiaire sans éclat particulier. Sa progression modeste sur la seconde période le place dans la même trajectoire que BATTLA, un relais qui se consolide progressivement sans jamais s'imposer comme pivot majeur du système. => Lignage stable et famille en légère hausse.
5) PARCE : Première apparition en 1737. Relais qui connaît une progression légère (4 puis 6 occurrences). Présent dès l'origine, PARCE maintient une position intermédiaire constante sans jamais s'imposer comme relais dominant. Sa progression modeste sur la seconde période le place dans la même trajectoire que BATTLA ou CHELE/XELA, un relais ancien qui se consolide lentement, assurant une fonction d'interface régulière sans variation brutale sur l'ensemble de la période. => Lignage stable et famille en légère hausse.
B. Les lignages relais stables
6) ATXER / ACHE / ACHERS : Première apparition en 1737. Relais stable sur toute la période, avec une fréquence quasi identique (8 puis 9 occurrences). C'est l'un des relais les plus anciens et les plus constants du système, présent dès l'origine, il maintient son rôle d'interface sans progression ni déclin notable. Sa stabilité en fréquence comme en position en fait un lignage structurellement fiable, comparable à SAGOLS dans le noyau. => Lignage et famille stables.
7) MASSOT : Première apparition en 1745. Relais stable sur toute la période, avec une stabilité parfaite en fréquence (9 occurrences dans les deux périodes). C'est le cas le plus remarquable parmi les relais, comme SAGOLS dans le noyau, MASSOT maintient exactement son niveau sur près d'un siècle malgré les turbulences démographiques et les recompositions du système. Sa fréquence élevée pour un relais, combinée à cette constance exceptionnelle, confirme son rôle d'armature centrale de l'espace intermédiaire, décrit dès les analyses de 1755-1785 comme l'un des pivots essentiels de la circulation matrimoniale. => Lignage et famille stables.
8) DOUZANS / DOZANS / DOSANS / DUSANS : Première apparition en 1745. Relais stable sur toute la période, avec une fréquence quasi identique (5 puis 6 occurrences). DOUZANS est dans une position intermédiaire qu'il conserve sans variation significative jusqu'en 1815. Sa stabilité en fréquence comme en position en fait un relais de second rang fiable, dont le rôle d'interface se maintient sur le long terme sans progression ni déclin. => Lignage et famille stables.
9) MARCH / MARC : Première apparition en 1745. Relais stable sur toute la période, avec une fréquence quasi identique (5 puis 6 occurrences). Profil très similaire à DOUZANS,avec le même niveau de fréquence, et la même stabilité sur les deux périodes. MARCH s'installe comme relais de second rang dès le milieu du XVIIIe siècle et maintient cette position sans rupture jusqu'en 1815. Sa constance suggère un lignage solidement ancré dans sa fonction d'interface. => Lignage et famille stables.
C. Les lignages relais en recul
10) PARER / PARE : Première apparition en 1737. Relais qui connaît un déclin notable en fréquence (9 puis 4 occurrences). C'est l'un des relais fondateurs les plus actifs de la première période, au même niveau que MASSOT ou REDE, qui recule significativement dans la seconde. Ce déclin en fréquence sans perte de position suggère un lignage qui maintient son ancrage structurel dans l'espace intermédiaire mais perd progressivement de son dynamisme matrimonial, peut-être concurrencé par les nouveaux relais montants comme CABOT, ROCARIAS ou les familles ascendantes de la périphérie. => Lignage stable, mais famille en forte baisse.
11) REDE / REDA : Première apparition en 1737. Relais stable qui connaît un léger déclin en fréquence (9 puis 7 occurrences). Profil similaire à PARER, l'un des relais fondateurs les plus actifs de la première période qui recule modestement dans la seconde. Ce déclin reste limité et ne remet pas en cause sa position intermédiaire, mais il suggère un lignage dont le dynamisme matrimonial s'érode légèrement face à la montée de nouveaux acteurs dans l'espace des relais. REDE et PARER forment ainsi un duo de relais anciens et puissants qui cèdent progressivement du terrain en fréquence relative sans jamais perdre leur ancrage structural. => Lignage stable, mais famille en légère baisse.
3. La marge entre les relais et la périphérie
La zone frontière entre relais et périphérie révèle les mécanismes les plus instructifs du système, tant dans ses dynamiques d'ascension que dans ses rares cas de déclin.
Du côté des relais modestes, VALLS illustre une position limite : le moins fréquent de tout l'espace intermédiaire sur les deux périodes, il maintient tout juste les connexions nécessaires pour ne pas basculer vers la périphérie. BARBA présente le cas inverse et analytiquement plus rare, un relais fondateur actif qui glisse vers la périphérie malgré son ancienneté. Ces deux cas rappellent que la frontière entre relais et périphérie n'est pas imperméable dans les deux sens : si la mobilité ascendante est la règle, la mobilité descendante existe, même si elle reste exceptionnelle.
Du côté des ascensions, les trajectoires sont d'une diversité remarquable. ESCOUBEIROU représente l'ascension la plus lisible, une périphérie déjà active qui accumule progressivement ses connexions avant de franchir le seuil. COSTA et GUERRA illustrent à l'opposé des montées en puissance soudaines et tardives, profitant directement de l'explosion démographique pour s'imposer rapidement dans l'espace intermédiaire sans longue phase d'accumulation. FERRER occupe une position intermédiaire, ancien mais lent, il met un demi-siècle à franchir le seuil. MUNICH/MONICH et GALANGAU illustrent enfin l'ascension patiente par accumulation progressive, sans bond spectaculaire mais avec une consolidation suffisante pour franchir durablement la frontière.
Le cas de JORDA est le plus théoriquement intéressant : il franchit le seuil sans progression en fréquence, ce qui suggère que c'est la qualité des connexions qui change, non leur quantité. Ce cas remet en cause une lecture purement quantitative du système et rappelle que la position dans le réseau ne se réduit pas au nombre d'occurrences, la nature des alliances compte autant, sinon plus, que leur volume.
A. Les lignages relais modestes
12) VALLS / BAILLS : Première apparition en 1737. Relais qui connaît un léger déclin en fréquence (3 puis 2 occurrences). C'est le relais le moins fréquent de tout l'espace intermédiaire sur les deux périodes, sa position de relais a toujours été modeste en volume, et ce léger recul dans la seconde période confirme un lignage en marge de l'espace intermédiaire. VALLS assure une fonction d'interface minimale et continue, sans jamais s'imposer comme acteur majeur de la circulation matrimoniale, tout en maintenant suffisamment de connexions pour ne pas basculer vers la périphérie. => Lignage et famille stables.
13) BARBA / BARBE : Première apparition en 1737. L'un des relais fondateurs les plus actifs de la première période (9 occurrences), Son déclin en fréquence (9 puis 4 occurrences) accompagne et traduit cette perte de position. C'est un cas rare et analytiquement important : il montre que la mobilité sociale dans ce système ne joue pas uniquement à la hausse. Un lignage ancien, bien implanté, peut perdre progressivement ses connexions et glisser vers un espace relationnel moins central, sans pour autant disparaître complètement du réseau. La cause de ce déclin reste à identifier, extinction partielle du lignage, départs, ou simplement concurrence d'autres familles plus dynamiques dans l'espace intermédiaire. => Lignage stable, mais famille en forte baisse.
B. Les lignages de la périphérie qui montent dans les relais
14) ESCOUBEIROU / ECOBEŸRO / ASCOBEYRO / ESCABEYRO / ECOBEIROU : Première apparition en 1737. Famille périphérique dans la première période, elle accède aux relais dans la seconde, avec la progression en fréquence la plus forte de tout le système (7 puis 18 occurrences). Contrairement à COSTA, ESCOUBEIROU n'était pas invisible dans la première période. Ses 7 occurrences en font déjà l'une des familles périphériques les plus actives, ce qui annonçait une ascension probable. Le bond vers 18 occurrences sur 1795-1815 confirme un lignage qui était déjà en cours d'intégration et qui franchit le seuil des relais au moment de l'expansion démographique. ESCOUBEIROU illustre ainsi la trajectoire la plus lisible du système, une périphérie active qui accumule progressivement ses connexions avant de basculer vers l'espace intermédiaire. => Lignage ascendant, et famille en forte hausse.
15) GUERRA / GUERRE : Première apparition en 1765. C'est le plus tardif des lignages qui accèdent aux relais, il n'apparaît qu'à mi-parcours de la première période, avec une présence encore modeste (3 occurrences). Le bond sur 1795-1815 (10 occurrences) est d'autant plus remarquable : en l'espace d'une génération, GUERRA passe d'une périphérie récente et peu implantée à un relais actif et bien connecté. C'est l'ascension la plus rapide du système, un lignage qui n'a pas eu besoin d'un siècle d'accumulation pour franchir le seuil intermédiaire, mais qui profite directement de l'explosion démographique et de la recomposition de l'espace des relais pour s'y imposer en peu de temps. => Lignage ascendant, et famille en forte hausse.
16) COSTA / COSTE : Première apparition en 1737. Famille périphérique dans la première période, elle accède aux relais dans la seconde, avec une progression en fréquence particulièrement forte (2 puis 11 occurrences). Le faible niveau de citations sur 1737-1785 reflète une présence marginale et irrégulière, typique des lignages périphériques. Le bond spectaculaire sur 1795-1815 traduit une intégration rapide et massive au réseau intermédiaire, coïncidant avec l'explosion démographique du village. COSTA est l'un des cas d'ascension les plus brutaux du système, non pas une intégration lente par accumulation de connexions, mais une montée en puissance soudaine qui suggère un lignage ayant attendu les conditions favorables pour s'imposer dans l'espace des relais. => Lignage ascendant, et famille en forte hausse.
17) FERRER / FERRE / FARRE / FERRER : Première apparition en 1737. Famille périphérique dans la première période, elle accède aux relais dans la seconde, avec une progression forte (4 puis 10 occurrences). Présent dès l'origine mais cantonné à la périphérie pendant toute la première période, FERRER connaît une montée en puissance significative sur 1795-1815. Sa trajectoire est intermédiaire entre la montée brutale de COSTA et l'ascension progressive d'ESCOUBEIROU, un lignage ancien qui met un demi-siècle à franchir le seuil de la périphérie vers les relais, suggérant une intégration lente rendue possible par l'expansion démographique et la recomposition de l'espace intermédiaire. => Lignage ascendant, et famille en forte hausse.
18) MUNICH / MONICH / MONIC / MONIQUE : Première apparition en 1745. Famille périphérique dans la première période, elle accède aux relais dans la seconde, avec une progression en fréquence cohérente avec cette ascension (2 puis 5 occurrences). Le faible niveau de citations sur 1737-1785 reflète sa position marginale initiale ; la montée sur 1795-1815 traduit à la fois l'intégration au réseau intermédiaire et le renforcement de ses connexions. MUNICH/MONICH illustre ainsi le mécanisme d'ascension progressive décrit pour d'autres lignages comme ESCOUBEIROU ou GALANGAU, une intégration lente par accumulation de connexions, qui finit par franchir le seuil de la périphérie vers l'espace intermédiaire. => Lignage ascendant, et famille en légère hausse.
19) GALANGAU / GALANGAUT / GALLANGAU : Première apparition en 1737. Famille périphérique dans la première période, elle accède aux relais dans la seconde, avec une progression légère (4 puis 5 occurrences). C'est l'ascension la plus modeste en volume parmi les familles qui franchissent le seuil périphérie-relais, mais elle n'en est pas moins significative. GALANGAU est précisément le lignage dont la trajectoire est décrite dans les analyses qualitatives, marginal en 1745, connecté aux relais puis au noyau en 1785. Les chiffres confirment cette intégration progressive et patiente, sans explosion de fréquence, mais avec une consolidation suffisante pour franchir durablement le seuil de l'espace intermédiaire. => Lignage ascendant, et famille stable.
20) JORDA / JOURDA : Première apparition en 1745. Famille périphérique dans la première période, elle accède aux relais dans la seconde, mais avec une fréquence stable (3 puis 3 occurrences). C'est le cas le plus atypique parmi les ascensions périphérie-relais : le franchissement du seuil ne s'accompagne d'aucune progression en volume. JORDA change de position sans changer de fréquence, ce qui suggère que c'est la nature de ses connexions qui évolue, des alliances mieux placées, plus centrales, plutôt que leur nombre. Ce cas interroge directement le rapport entre fréquence et position : la quantité seule ne suffit pas à rendre compte du statut d'un lignage dans le système matrimonial. => Lignage ascendant, et famille stable.
4. La périphérie
La périphérie présente une grande diversité de trajectoires, que l'on peut regrouper en trois dynamiques distinctes.
Le premier groupe est celui des périphéries stables et ancrées. MAURI, TRULLET et AROLES partagent une fréquence modeste mais continue sur les deux périodes, sans progression ni effondrement. Ce sont des lignages qui ont trouvé leur équilibre dans une position marginale, suffisamment connectés pour se maintenir, insuffisamment dynamiques pour progresser. MAURI est le cas le plus parfait de cette stabilité, maintenant exactement le même niveau sur près d'un siècle, à l'image de SAGOLS dans le noyau ou MASSOT dans les relais.
Le second groupe est celui des périphéries passives. CADENA et CENTENE ne produisent jamais suffisamment de connexions pour exister véritablement dans le système, présents sur les deux périodes mais avec une fréquence minimale qui ne varie presque pas. Leur maintien s'apparente moins à un enracinement qu'à une présence résiduelle, sans dynamisme ni rupture.
Le troisième groupe est celui des périphéries en recul. AZEMA, LAURET, GRAU et CASALS partagent une trajectoire déclinante, mais pour des raisons différentes. AZEMA et LAURET sont les cas les plus paradoxaux, deux des lignages périphériques les plus anciens du système, présents dès 1737, qui n'ont jamais réussi à franchir le seuil des relais et s'effacent progressivement. Leur longévité sans progression illustre l'existence d'une périphérie figée, où l'ancienneté ne produit pas automatiquement du capital relationnel. GRAU et CASALS illustrent à l'inverse une fragilité liée à la tardiveté, apparus trop tard ou sans connexions suffisantes, ils ne parviennent pas à s'enraciner durablement malgré l'expansion démographique qui profite pourtant à d'autres lignages contemporains.
Ce contraste entre CASALS ou GRAU d'un côté, et ESCOUBEIROU ou FERRER de l'autre — apparus aux mêmes périodes mais avec des trajectoires radicalement opposées, confirme que ni l'ancienneté ni la contemporanéité ne garantissent l'intégration. C'est la capacité à produire et maintenir des connexions pertinentes qui détermine la trajectoire d'un lignage dans le système matrimonial.
A. Les lignages stables
1) AROLES / AROLAS : Première apparition en 1765. Famille périphérique sur les deux périodes, avec une fréquence stable et modeste (3 puis 2 occurrences). Apparu tardivement, AROLES ne parvient pas à franchir le seuil de l'espace intermédiaire malgré sa présence continue sur les deux périodes. Son faible niveau de citations et sa légère régression en fréquence suggèrent un lignage qui s'est installé dans une position périphérique sans dynamisme suffisant pour progresser vers les relais. AROLES illustre la catégorie des familles qui s'enracinent durablement dans la communauté sans jamais accéder à une position plus centrale. => Lignage et famille stable.
2) MAURI / MAURY : Première apparition en 1745. Famille périphérique sur les deux périodes, avec une stabilité parfaite en fréquence (3 puis 3 occurrences). C'est le cas le plus stable de toute la périphérie, comme SAGOLS dans le noyau ou MASSOT dans les relais, MAURI maintient exactement son niveau sur les deux périodes. Cette constance sans progression ni déclin suggère un lignage solidement ancré dans sa position périphérique, suffisamment intégré pour se maintenir durablement dans la communauté, mais sans dynamisme suffisant pour accéder à l'espace intermédiaire. Une périphérie stable et résignée à sa position. => Lignage et famille stable.
3) TRULLET/ TROLLET / TROUILLET : Première apparition en 1745. Famille périphérique sur les deux périodes, avec une fréquence stable et modeste (3 puis 2 occurrences). Profil proche de MAURI, un lignage périphérique ancien qui s'installe durablement sans progresser. Sa légère régression en fréquence sur la seconde période ne remet pas en cause cet ancrage, mais confirme l'absence de dynamisme vers les relais. TRULLET illustre ainsi, comme LAURET ou MAURI, la catégorie des périphéries persistantes, présentes sur l'ensemble de la période, suffisamment connectées pour ne pas disparaître, mais insuffisamment actives pour franchir le seuil de l'espace intermédiaire. => Lignage et famille stable.
B. Les lignages peu dense
4) CADENA / CADENE : Première apparition en 1737. Famille périphérique sur les deux périodes, avec un léger déclin en fréquence (2 puis 1 occurrence). Présent dès l'origine mais toujours très peu cité, CADENA est l'un des lignages les plus discrets du système sur l'ensemble de la période. Sa faible fréquence constante suggère un lignage qui n'a jamais réussi à produire suffisamment de connexions pour progresser, ni à s'effacer complètement. Une présence minimale et continue, sans dynamisme ni rupture, qui caractérise une périphérie passive et durablement marginale. => Lignage et famille stable.
5) CENTENE / CENTENA : Première apparition en 1755. Famille périphérique sur les deux périodes, avec un léger déclin en fréquence (2 puis 1 occurrence). Profil très proche de CADENA, peu cité, sans progression ni rupture notable, CENTENE s'installe dans une périphérie passive qu'il ne quitte pas. Sa faible fréquence sur les deux périodes et son apparition tardive suggèrent un lignage qui n'a jamais accumulé suffisamment de connexions pour envisager une ascension vers les relais. Une présence minimale et régulière, symptomatique d'une intégration partielle et durablement limitée. => Lignage et famille stable.
C. Les lignages en recul
6) AZEMA / AZEMAR : Première apparition en 1737. Famille périphérique sur les deux périodes, avec un déclin fort en fréquence (5 puis 1 occurrence). C'est l'un des cas les plus anciens de la périphérie, présent dès 1737, AZEMA n'a jamais réussi à franchir le seuil des relais malgré sa longévité dans le système. Son déclin marqué sur la seconde période suggère un lignage en voie d'extinction ou de départ, qui s'efface progressivement du réseau matrimonial sans avoir jamais consolidé sa position. La durée de présence sans progression illustre une périphérie figée, incapable de produire les connexions nécessaires à une ascension. => Lignage stable et famille en forte baisse.
7) LAURET / LAURET / LAURIER : Première apparition en 1737. Famille périphérique sur les deux périodes, avec un déclin en fréquence (4 puis 2 occurrences). C'est l'un des lignages périphériques les plus anciens du système, présent dès 1737, il n'a jamais réussi à franchir le seuil des relais malgré plus d'un siècle de présence. Ce paradoxe entre ancienneté et marginalité persistante est analytiquement significatif : LAURET illustre la catégorie des familles durablement périphériques, dont la longévité dans le système ne se traduit pas en capital relationnel suffisant pour progresser vers un espace plus central. Son déclin en fréquence sur la seconde période suggère de surcroît un lignage en lent effacement. => Lignage stable et famille en forte baisse.
8) GRAU : Première apparition en 1775. Famille périphérique sur les deux périodes, avec un déclin en fréquence (3 puis 1 occurrence). Apparu tardivement, GRAU ne parvient pas à consolider sa présence dans la seconde période. Son apparition tardive combinée à ce recul en fait l'une des périphéries les plus fragiles du système, ni assez ancien pour avoir accumulé des connexions durables, ni assez dynamique pour profiter de l'expansion démographique de la fin du XVIIIe siècle. => Lignage stable et famille en forte baisse.
9) CASALS / CAZALS : Première apparition en 1755. Famille périphérique sur les deux périodes, avec un déclin en fréquence (3 puis 1 occurrence). Apparu dans la seconde moitié de la première période, CASALS ne parvient pas à consolider sa présence dans la seconde. Son déclin suggère un lignage qui s'est installé temporairement dans la communauté sans parvenir à y produire les connexions nécessaires à un enracinement durable. Contrairement à ESCOUBEIROU ou FERRER, apparus à des dates similaires mais qui franchissent le seuil des relais, CASALS reste cantonné à une périphérie déclinante, ce qui confirme que l'ancienneté de présence seule ne suffit pas à garantir l'intégration. => Lignage stable et famille en forte baisse.
5. Les lignages à la marge entre la périphérie et l'extérieur
GERBAL / GIRBAL, BAUS / BAUX, BONAFOS, FORGAS, MATHEU, RIBAS / RIBES, SOLANES / SOULANAS : Ces sept familles constituent un groupe analytiquement distinct. GERBAL est la plus ancienne, présente dès 1745, suivie de BONAFOS (1755) et RIBAS (1755). SOLANES apparaît en 1785, tandis que BAUS, FORGAS et MATHEU n'émergent qu'en 1795-1805. Malgré ces dates d'apparition échelonnées sur plus d'un demi-siècle, elles partagent une trajectoire commune : une présence modeste et irrégulière, trop faible pour accéder à la périphérie stable ou aux relais, mais suffisamment continue pour signaler un enracinement en cours. Elles ne sont pas encore des acteurs du système matrimonial local au sens plein du terme, mais elles ne sont plus non plus de purs extérieurs de passage. => Individus ayant formé une famille qui n'a pas encore été absorbée par la communauté, comme une des lignages de sa structure.
Conclusion générale
Entre 1737 et 1825, l’étude des alliances matrimoniales banyulencques met en évidence l’existence d’une structure relationnelle remarquablement stable malgré les fortes fluctuations démographiques qui affectent la communauté. Les crises démographiques, de 1774 et de 1793-1794, provoquent des ruptures humaines majeures, mais ne détruisent pas l’architecture fondamentale du système matrimonial. Celui-ci conserve au contraire une forte capacité d’adaptation en intégrant progressivement de nouveaux lignages tout en maintenant un noyau ancien durablement dominant.
La guerre franco-espagnole de 1793-1794 constitue bien une rupture majeure dans l’histoire de Banyuls-sur-Mer, mais cette rupture ne détruit pas les structures relationnelles de la communauté. La catastrophe démographique est réelle : déportations, captivités, famine et surmortalité provoquent un effondrement brutal de la population. Pourtant, les principaux lignages structurants demeurent présents après la crise. Cette survivance ne doit cependant pas être confondue avec une immobilité du système. Les mêmes lignages subsistent, mais leurs positions relatives évoluent profondément : certains relais déclinent, d’autres émergent, des familles périphériques accèdent progressivement à l’espace intermédiaire, tandis que l’exogamie s’accentue sous l’effet des apports extérieurs.
Dans ce système, le couple constitue l’unité fondamentale de recomposition sociale. Ce n’est pas seulement une cellule familiale ou domestique, mais le point de jonction entre lignages, celui par lequel se transmettent les alliances, se maintiennent les solidarités et s’intègrent progressivement les nouveaux venus. Le maintien ou l’augmentation du nombre de couples après les crises traduit ainsi moins une simple reprise démographique qu’une capacité du réseau matrimonial à se reconstruire rapidement malgré les pertes humaines.
Le maintien des lignages ne signifie donc pas la permanence intacte de la communauté ancienne. Il révèle au contraire la capacité d’un réseau matrimonial dense à absorber les ruptures en réorganisant ses connexions internes. La continuité des noms masque des transformations importantes, perceptibles seulement par l’analyse relationnelle des alliances. En distinguant lignages, familles et individus, cette étude montre ainsi que la résilience banyulencque ne repose pas sur l’absence de changement, mais sur la capacité du système matrimonial à intégrer la rupture tout en conservant son armature fondamentale. Même après l’adoption du Code civil, le lignage demeure ainsi une structure sociale active qui continue d’organiser une part essentielle de la vie communautaire.
L’analyse révèle surtout que la dynamique démographique ne suffit pas à expliquer l’évolution du village. Les structures matrimoniales possèdent leur temporalité propre. La densification des connexions relationnelles précède souvent les phases de croissance démographique et conditionne en partie la capacité de la communauté à absorber de nouveaux habitants. Le réseau matrimonial apparaît ainsi comme un facteur actif de structuration sociale davantage qu’un simple reflet de la population.
Le modèle théorique proposé, articulé entre noyau, relais, marges intermédiaires et périphérie, permet précisément de restituer cette complexité au plus près des sources. Il distingue les individus, acteurs ponctuels des actes ; les familles, cellules domestiques soumises aux aléas démographiques ; et les lignages, continuités relationnelles plus longues dont les positions évoluent dans le système matrimonial. Cette distinction permet d’observer non seulement les permanences, mais aussi les mobilités internes du réseau : certaines familles renforcent leur centralité, d’autres déclinent, stagnent ou accèdent progressivement aux relais selon leur capacité à produire des connexions pertinentes.
II. La rupture dans la continuité, 1805
1. La persistance du noyau
A. Le rebond de REIG et SAGOLS
Les registres de l’An XIII-An XIV montrent un renforcement particulièrement net des familles REIG/REITX et SAGOLS dans les alliances matrimoniales banyulencques. Après les perturbations provoquées par la guerre de 1793-1794, ces deux lignages réapparaissent avec une fréquence élevée qui les replace au centre du réseau relationnel local.
La progression de REIG/REITX est particulièrement visible. Déjà dominant dans les instantanés du XVIIIe siècle, le lignage retrouve au début du XIXe siècle une forte capacité de reproduction matrimoniale. Les alliances avec SAGOLS, PY, FORGAS, COLOMER ou encore CERBERE montrent une famille capable de maintenir simultanément des liens internes anciens et des connexions plus ouvertes vers des lignages récemment intégrés.
SAGOLS connaît une dynamique comparable. Le patronyme apparaît dans de nombreuses unions, notamment avec COSTE, PARER, REIG, PY ou VILAREM. Cette forte présence confirme le rôle structurant acquis progressivement par la famille au cours du XVIIIe siècle. Alors que REIG semblait dominer plus nettement le système matrimonial dans les années 1745-1765, les registres de 1805 suggèrent désormais une organisation plus polycentrique, dans laquelle plusieurs grandes familles participent conjointement à l’équilibre relationnel du village.
Toutefois, cette remontée documentaire ne doit pas être interprétée automatiquement comme une croissance démographique proportionnelle de ces lignages. Les registres mesurent avant tout leur visibilité matrimoniale. Ils montrent donc surtout que REIG/REITX et SAGOLS retrouvent rapidement une place centrale dans les échanges d’alliances après la rupture des années révolutionnaires.
B. Le maintien des lignages centraux
Au-delà du rebond de REIG/REITX et de SAGOLS, les registres de 1805 révèlent également la permanence des grands lignages qui structuraient déjà le réseau matrimonial banyulenc au XVIIIe siècle. MAILLOL, PAGES, PY, VILAREM, PARER ou encore MASSOT demeurent fortement présents dans les unions recensées.
Cette continuité est particulièrement perceptible chez MAILLOL, dont les différentes branches restent nombreuses malgré les pertes observées pendant la décennie révolutionnaire. PAGES conserve également une forte visibilité matrimoniale, tandis que PY et VILAREM maintiennent des alliances régulières avec plusieurs familles centrales du réseau.
Les registres montrent ainsi que la crise des années 1793-1794 n’a pas provoqué un effondrement complet des structures lignagères anciennes. Les principaux patronymes déjà visibles dans les séries de 1737-1785 continuent d’occuper une position importante dans les échanges matrimoniaux du début du XIXe siècle.
Toutefois, cette permanence ne signifie pas immobilité. Certaines familles anciennement centrales apparaissent moins dominantes qu’auparavant, tandis que d’autres renforcent leur position. Le système relationnel banyulenc semble donc moins organisé autour d’un seul lignage dominant qu’au milieu du XVIIIe siècle. La reconstruction du réseau s’effectue désormais à partir d’un ensemble plus large de familles fortement implantées.
C. La stabilisation du système endogame
Les registres de 1805 montrent enfin que les grandes logiques endogames observées avant la guerre continuent de structurer les alliances matrimoniales banyulencques. Les unions entre familles anciennement implantées restent nombreuses : REIG avec SAGOLS ou PY, MAILLOL avec CABOT ou ESCOUBEIROU, SAGOLS avec PARER ou VILAREM, PAGES avec REDE ou GERBAL.
Cette récurrence des alliances internes suggère une stabilisation progressive du système matrimonial après la phase de désorganisation des années 1793-1795. Les grandes familles du village continuent de privilégier des unions situées à l’intérieur d’un espace relationnel relativement fermé et socialement identifié.
Toutefois, cette stabilisation ne correspond pas à un retour exact au modèle du milieu du XVIIIe siècle. Les registres de 1805 révèlent un système désormais plus ouvert aux familles intégrées après la crise révolutionnaire. Certaines lignées moins anciennes participent désormais aux échanges avec les familles centrales, ce qui élargit progressivement le noyau relationnel du village.
Le système endogame banyulenc apparaît donc à la fois maintenu et transformé. Les mécanismes de reproduction interne persistent, mais ils fonctionnent désormais dans un réseau plus large, marqué par les recompositions provoquées par la guerre et la reconstruction démographique du tournant du siècle.
3. L'ouverture forcée vers l'extérieur
A. L’arrivée de nouvelles familles extérieures
Les registres de 1795 font apparaître un nombre important de patronymes absents ou très peu visibles dans les séries antérieures. Plusieurs individus sont explicitement identifiés par une origine extérieure à Banyuls : COC d’Argelès, COLOMER et MACAŸE de Collioure, NOGUET et PAGES Manuel de Prats-de-Mollo, NONGAILLARD de Claira, ROQUE de Perpignan ou encore VALLES de Llançà.
Cette présence plus visible de familles extérieures intervient dans un contexte de forte contraction démographique provoquée par la guerre franco-espagnole et la crise de 1793-1794. Sans permettre de mesurer précisément les flux migratoires, les actes suggèrent néanmoins un renouvellement partiel de la population banyulencque. La communauté apparaît alors moins fermée sur elle-même qu’au cours des décennies précédentes.
Toutefois, il convient de distinguer l’apparition documentaire de ces familles de leur véritable enracinement dans la commune. Les registres de 1795 ne permettent pas encore de savoir si ces nouveaux venus s’installent durablement ou s’ils ne font que traverser temporairement le réseau matrimonial local. Ils indiquent seulement qu’à la sortie de la guerre, Banyuls devient plus perméable à des individus issus des espaces voisins.
Cette ouverture ne signifie donc pas nécessairement une rupture complète des structures anciennes, mais elle révèle un moment où le réseau matrimonial doit absorber des apports humains nouveaux pour compenser, au moins partiellement, les pertes des années précédentes.
B. L’accentuation de l’exogamie
L’ouverture vers l’extérieur se traduit également par une augmentation des unions impliquant des individus dont les patronymes n’appartiennent pas aux grands lignages banyulencs observés depuis 1737. Les actes de 1795 montrent ainsi une présence plus fréquente de conjoints portant des noms nouveaux : BASSUNA, COLLOM, DAIGUES, DOUCENGA, GABŸ, SARADEL ou encore BAUS.
Cette évolution ne doit cependant pas être interprétée comme une disparition de l’endogamie locale. Les grandes familles anciennement implantées continuent de produire des alliances entre elles. Les MAILLOL, PAGES, REIG/REITX, PY ou SAGOLS demeurent fortement présents dans les unions recensées. L’exogamie progresse donc sans effacer les logiques relationnelles plus anciennes.
Les registres donnent plutôt l’image d’un système matrimonial devenu plus ouvert sous l’effet des circonstances démographiques et politiques. Après les pertes humaines de 1793-1794, les alliances avec des individus extérieurs semblent plus nombreuses et plus visibles. Toutefois, il reste difficile de déterminer si cette accentuation correspond à une transformation profonde des pratiques matrimoniales ou à une adaptation conjoncturelle liée à la crise.
Les actes montrent ainsi un élargissement du champ relationnel de la communauté banyulencque, sans permettre encore d’en mesurer précisément les conséquences structurelles à long terme.
C. La reconstruction immédiate du tissu social
Malgré les pertes humaines, les captivités et les désorganisations provoquées par la guerre, les registres de 1795 témoignent d’une reprise rapide des alliances matrimoniales. Avec soixante-neuf couples recensés contre soixante-et-un en 1785, les unions apparaissent même plus nombreuses qu’avant la crise.
Cette progression ne peut être comprise comme un simple retour à la situation antérieure. Les actes montrent plutôt une communauté engagée dans une phase active de recomposition sociale. Les mariages permettent de reconstituer des liens familiaux fragilisés par les décès et les absences, tout en intégrant progressivement de nouveaux individus venus de l’extérieur.
Le réseau matrimonial apparaît ainsi comme l’un des premiers espaces où se manifeste la reconstruction communautaire après 1793-1794. Les alliances ne traduisent pas seulement des stratégies familiales ; elles participent aussi à la remise en fonctionnement des solidarités locales après la désorganisation provoquée par la guerre.
Toutefois, cette reconstruction reste encore partiellement instable et difficile à mesurer précisément en 1795. Les registres donnent accès à un moment de reprise, mais non encore à un nouvel équilibre pleinement stabilisé. Ce n’est qu’au cours des décennies suivantes que les effets durables de cette recomposition deviennent véritablement visibles dans la structure relationnelle de la communauté banyulencque.
2. Le maintien des lignages anciens
A. Le maintien des familles du noyau
Malgré la rupture provoquée par la guerre de 1793-1794, les registres de 1795 montrent que plusieurs lignages anciennement implantés demeurent fortement présents dans la communauté banyulencque. Les familles déjà dominantes dans les séries paroissiales antérieures continuent d’apparaître de manière récurrente dans les unions recensées.
MAILLOL reste particulièrement visible avec de nombreuses occurrences réparties dans plusieurs branches familiales. PAGES, REIG/REITX, PY, SAGOLS ou encore VILAREM apparaissent également à plusieurs reprises. Cette permanence documentaire suggère que les grandes familles structurantes du XVIIIe siècle n’ont pas disparu avec la crise démographique provoquée par la guerre et l’occupation espagnole.
Toutefois, cette continuité doit être interprétée avec prudence. Les registres ne permettent pas de mesurer directement le poids démographique réel de ces lignages dans la population totale, ni d’évaluer précisément les pertes qu’ils ont pu subir pendant les années 1793-1794. Ils indiquent seulement que certaines familles restent suffisamment présentes pour continuer à produire des alliances visibles dans les actes.
Cette persistance des grands patronymes constitue néanmoins un élément important. Elle montre que la rupture démographique ne s’est pas traduite par un effacement complet des structures familiales anciennes. Une partie des lignages déjà actifs avant la guerre demeure donc identifiable dans les registres municipaux de l’An III.
B. L’ouverture accrue vers l’extérieur
Les actes de 1795 font apparaître un nombre plus important d’individus explicitement désignés par une origine extérieure à Banyuls. Plusieurs conjoints viennent ainsi d’Argelès, Collioure, Perpignan, Claira, Prats-de-Mollo, Roquaforta ou encore Llançà.
Cette visibilité accrue de l’extérieur constitue une différence notable par rapport aux séries antérieures. Dans les registres paroissiaux du milieu du XVIIIe siècle, les origines géographiques des conjoints étaient plus rarement précisées, sauf dans certains cas particuliers. Les registres municipaux révolutionnaires rendent désormais ces provenances beaucoup plus lisibles.
L’augmentation apparente des unions impliquant des individus extérieurs peut être interprétée comme l’un des effets du vide démographique créé par la guerre et la surmortalité des années 1793-1794. La communauté semble alors s’ouvrir davantage à des individus venus des paroisses et communes voisines. Toutefois, les sources ne permettent pas de déterminer si cette ouverture constitue un phénomène entièrement nouveau ou si elle devient simplement plus visible en raison du changement de pratique documentaire.
Les actes montrent donc moins une rupture totale des logiques matrimoniales qu’une modification de l’équilibre entre enracinement local et apports extérieurs. La guerre paraît ainsi avoir favorisé une phase de renouvellement partiel de la population banyulencque.
C. Entre continuité et recomposition du réseau matrimonial
Les registres de 1795 révèlent simultanément des éléments de continuité et des signes de recomposition. D’un côté, plusieurs grandes familles anciennement implantées continuent d’apparaître dans les unions recensées ; de l’autre, les actes rendent visibles de nouveaux individus et de nouveaux patronymes absents ou très rares dans les décennies précédentes.
Cette coexistence est particulièrement perceptible dans certaines alliances associant des lignages anciens à des individus venus de l’extérieur. Les unions ne se limitent donc pas à une stricte reproduction interne des familles déjà présentes avant la guerre. Elles témoignent aussi de l’intégration progressive de nouveaux venus dans les relations matrimoniales locales.
Toutefois, les sources de 1795 ne permettent pas encore d’évaluer précisément la profondeur de cette recomposition. Les actes donnent accès à des instantanés relationnels, mais non à l’ensemble des trajectoires familiales ou démographiques. Il est donc difficile de déterminer si les nouveaux lignages observés constituent des installations durables ou des présences plus temporaires.
L’année 1795 apparaît ainsi comme un moment de transition. Les registres montrent une communauté profondément affectée par la guerre, mais également engagée dans un processus de réorganisation matrimoniale dont les effets ne deviennent pleinement lisibles qu’au cours des décennies suivantes.
I. La rupture, 1795
1. La guerre franco-espagnole, 1792-1795
A. L’effondrement de la communauté
La guerre franco-espagnole de 1792-1795 constitue la rupture majeure de l’histoire démographique et sociale de Banyuls à la fin du XVIIIe siècle. Le passage de la commune dans la sphère d'influence du royaume espagnol le 15 décembre 1793 et le 27 mai 1794 provoque une contraction brutale de la population. Alors que Banyuls comptait environ 1204 habitants à la veille du conflit, la population tombe à 630 habitants dès 1793.
Cette chute démographique est particulièrement violente, mais elle doit être replacée dans une histoire plus longue des fluctuations de population du village. Banyuls avait déjà connu auparavant d’importantes variations démographiques. La communauté passe ainsi d’environ 497 habitants en 1730 à près de 835 vers 1765 avant de retomber à 497 habitants en 1774. Le village n’est donc pas une société démographiquement stable avant la Révolution.
Toutefois, la crise de 1793-1794 se distingue nettement des fluctuations antérieures par son caractère directement lié à un événement militaire et politique précisément identifiable. Guerre, occupation, déportations et famine se combinent alors dans un laps de temps très court, laissant des traces immédiates et explicites dans les registres municipaux de 1795.
La chute de population résulte en effet de plusieurs phénomènes cumulés. Les combats des 15 et 16 décembre 1793 au col de Banyuls et au Puig-del-Mas causent la mort de plusieurs habitants. Surtout, les autorités espagnoles déportent le 16 décembre 1793 cent huit Banyulencs vers les prisons catalanes espagnoles, soit une part considérable des hommes adultes de la communauté. Certains sont transférés jusqu’au camp de travail d’Orotava, sur l’île de Tenerife.
À cette désorganisation militaire et humaine s’ajoute rapidement une crise alimentaire majeure. La famine entraîne une surmortalité exceptionnelle. Les registres font apparaître cent trente-sept décès pour l’année 1794, contre une moyenne d’environ trente décès les années précédentes. Entre le 19 février et le 20 mars 1794, le village connaît parfois jusqu’à deux morts par jour.
La crise de 1793-1794 ne constitue donc pas seulement un épisode militaire. Elle désorganise profondément les équilibres familiaux, économiques et relationnels du village. En quelques mois, Banyuls perd une partie importante de sa population active, de ses chefs de famille et de ses structures ordinaires de reproduction sociale
B. Déportations et surmortalité
Les conséquences humaines de la guerre apparaissent directement dans les actes de 1795. Les registres municipaux conservent la trace immédiate des absences provoquées par le conflit. Plusieurs pères sont explicitement mentionnés comme prisonniers de guerre lors du mariage de leurs enfants : ACHERS [ATXER] François, CABOT Antoni, COSTA Jacques, MASSOT Jean ou encore REICHE [REITX] Sébastien. Ces indications montrent que, même après la fin de l’occupation espagnole, la communauté reste marquée par les captivités et les séparations imposées par la guerre.
À ces absences s’ajoute la multiplication des mentions de parents décédés avant le mariage de leurs enfants. Les actes révèlent une mortalité familiale massive : pères et mères morts avant le mariage d’un enfant, veuvages précoces, orphelins. La cellule familiale banyulencque apparaît profondément fragilisée. Cette surmortalité touche non seulement les individus âgés et les enfants mineurs, mais aussi des adultes en âge de travailler et de transmettre le patrimoine familial.
Ces mentions répétées donnent une profondeur humaine particulière aux registres. Elles montrent que la crise de 1793-1794 ne peut être réduite à un simple recul statistique de la population. Elle affecte directement les mécanismes de transmission, les équilibres lignagers et les capacités de reproduction de la communauté. Derrière chaque mention de décès ou de captivité apparaît une famille désorganisée, parfois amputée de son chef ou privée de plusieurs de ses membres.
C. Les traces directes de la guerre dans les actes
Les registres municipaux de l’An II et de l’An III conservent des traces directes du conflit franco-espagnol de 1793-1795. Contrairement aux séries antérieures, les actes ne se limitent plus à enregistrer des filiations et des unions ; ils font désormais apparaître des situations exceptionnelles liées au contexte de guerre.
Plusieurs chefs de famille sont explicitement signalés comme « prisonniers de guerre » lors du mariage de leurs enfants : François ATXER, Antoni CABOT, Jacques COSTA, Jean MASSOT ou encore Sébastien REITX. Ces mentions introduisent dans les actes une temporalité événementielle absente des registres paroissiaux précédents. La guerre n’est plus seulement un contexte extérieur ; elle devient une donnée administrative intégrée à l’identification des individus.
Les actes multiplient également les mentions de parents décédés avant le mariage de leurs enfants. Pris isolément, ces décès ne peuvent être attribués directement aux combats, à la famine ou aux épidémies. Mais leur fréquence dans les années immédiatement postérieures à 1793-1794 constitue un indice concordant avec la crise démographique documentée par ailleurs.
Le changement documentaire lui-même est significatif. Le passage du registre paroissial au registre municipal révolutionnaire produit une écriture plus descriptive et plus circonstanciée. Les lieux d’origine sont davantage précisés, certaines situations familiales sont détaillées, et les absences deviennent visibles dans la rédaction des actes. Cette transformation modifie profondément la manière dont la communauté apparaît dans les sources.
Les registres de 1795 montrent que le conflit a laissé des marques suffisamment profondes pour devenir directement lisibles dans la documentation civile elle-même.
Synthèse des dynamiques matrimoniales (1737-1785)
La première phase (1730-1774) est celle d'un cycle de croissance et de reflux. Le village part de 497 habitants en 1730, monte à 835 vers 1765, puis retombe exactement à 497 habitants en 1774. Ce retour au chiffre de départ est frappant et suggère un épisode de surmortalité ou de départs massifs.
Or le nombre de couples cités suit une évolution partiellement dissonante. Il passe de 37 en 1737 à 31 en 1745, remonte à 37 en 1755, puis grimpe à 46 en 1765. Le creux de 1745 est aussi celui du réseau matrimonial dans son état le plus vulnérable, système encore centré sur un noyau restreint dominé par REIG, relais peu autonomes, périphérie quasi inexistante. La remontée ensuite accompagne simultanément la croissance démographique et la densification relationnelle : émancipation progressive des relais, multiplication des échanges N×R, et premières alliances périphériques visibles.
Mais surtout, en 1775, soit un an après le retour à 497 habitants, on compte 50 couples, et le réseau a atteint sa maturité polycentrique. La chute démographique de 1774 n'a donc pas entamé la vitalité matrimoniale. Ce décalage est significatif. Il suggère que la communauté qui subsiste après la crise est plus dense relationnellement que celle d'avant, comme si la crise avait éliminé les lignages les moins intégrés en consolidant le tissu des familles restantes, précisément celles qui formaient le noyau et les relais.
La seconde phase (1774-1789) est celle d'une croissance explosive. En quinze ans, la population passe de 497 à 1204 habitants. Le nombre de couples cités atteint 61 en 1785, poursuivant sa progression régulière. Cette croissance démographique spectaculaire intervient précisément au moment où le réseau matrimonial a atteint son stade de pleine maturité : noyau polycentrique stable, relais devenus l'armature sociale du village, frontières poreuses entre périphérie et espace intermédiaire. Un réseau aussi dense et hiérarchisé est structurellement mieux équipé pour absorber un afflux de population qu'un système encore centré et fragile.
Les relais jouent ici un rôle décisif. C'est par eux que les nouveaux lignages s'intègrent progressivement, comme en témoigne la trajectoire de GALANGAU, marginal en 1745, connecté au noyau en 1785.
Cependant, la progression matrimoniale reste modérée au regard de l'explosion démographique. La population est multipliée par 2,4 quand le nombre de couples ne fait que doubler sur l'ensemble de la période. Cela indique que la croissance est portée en partie par une immigration de familles encore peu intégrées au réseau, présentes dans les feux mais pas encore visibles dans les échanges d'alliances, ce qui correspond précisément au profil des familles périphériques.
Au total, le nombre de couples cités progresse de façon remarquablement continue (31, 37, 46, 50, 61) quelles que soient les turbulences démographiques, ce qui en fait un indicateur de la robustesse structurelle du réseau plus que de sa taille. La démographie fluctue, connaît des crises et des explosions ; le réseau, lui, s'épaissit sans interruption, précédant et conditionnant chaque fois la dynamique de population plutôt qu'il ne la suit.
Proposition de classement structurel des lignages (1737-1785)
Le classement ne repose pas uniquement sur le volume brut des citations, mais sur plusieurs critères combinés :
continuité chronologique ;
densité de présence ;
capacité à produire des alliances internes ;
rôle dans la circulation matrimoniale ;
stabilité ou fragilité du lignage ;
degré d’intégration dans le réseau.
1. Noyau central (N)
Critères
Présence quasi continue sur toute la période ;
fréquence élevée ;
alliances récurrentes entre eux ;
rôle structurant dans la reproduction du système ;
forte capacité d’intégration des autres familles.
Familles
REIG / REIX / REITX
MALLOL / MAILLOL
SAGOLS
PAGES
PI / PY
VILAREM
Justification
Ces lignages dominent constamment les registres et forment le cœur endogame du système matrimonial.
Leurs alliances réciproques sont nombreuses et régulières :
REIG ↔ SAGOLS
REIG ↔ MALLOL
REIG ↔ PY
REIG ↔ VILAREM
PAGES ↔ SAGOLS
VILAREM ↔ PAGES
REIG constitue clairement le grand hub relationnel du système.
2. Relais (R)
Critères
Présence longue mais irrégulière ;
fluctuations importantes ;
forte mobilité matrimoniale ;
rôle de connexion entre noyau et périphérie ;
capacité à former un sous-réseau autonome.
Familles
ATXER
MASSOT
PARER
REDE / REDA
CABOT
ROCARIAS
MARCH
DOZANS / DOSANS / DUSANS
GALANGAU
BATLLA / BATTLE
CHELE / XELA
PARCE
JORDA / JOURDA
MUNICH
TRULLET
MATHEU
BARBA
VALLS
Justification
Ces familles ne dominent pas le système, mais elles assurent sa cohésion relationnelle. Elles :
échangent avec le noyau ;
s’allient entre elles ;
absorbent les périphéries ;
servent d’interface avec l’extérieur.
Certaines deviennent particulièrement importantes après 1765 :
MASSOT
PARER
REDA
GALANGAU est un excellent exemple de mobilité structurelle : marginal en 1745, relais intégré en 1785.
DOZANS
3. Périphérie intégrée (P)
Critères
apparition plus tardive ;
présence encore modérée ;
intégration progressive ;
alliances surtout avec relais ou noyau ;
faible autonomie relationnelle au départ.
Familles
ESCOUBEIROU / ESCABEYRO
GUERRA / GUERRE
FERRER / FARRE
COSTA
GRAU
MAURI / MAURY
AROLES
FABRE
CASALS
LAURET
LHOSTA
JULIA
Justification
Ces lignages apparaissent progressivement dans les instantanés et commencent lentement à s’enraciner. Ils dépendent d’abord des alliances avec le noyau, puis des relais.
Exemples :
PAGES × ESCOUBEIROU ;
PARCE × GUERRA ;
GALANGAU × SAGOLS.
Certaines de ces familles semblent en transition vers le statut de relais :
GALANGAU (déjà passé en 1785) ;
COSTA ;
ESCOUBEIROU ;
GRAU.
4. Extérieur / passage / absorption (X)
Critères
présence unique ou très faible ;
absence de continuité ;
lignages non enracinés ;
souvent femmes venues de l’extérieur ;
pas de réseau autonome identifiable.
Familles = Extérieurs ponctuels
ALEGRESA
AGOSTY
ARAMIS
ARMANYACH
AUGUET
AYAX
BADIE
BARRIS
BERTRAND
BONAFOS
BOSQUET
BRIAL
CAMPA
COMTA
COMMEMALE
COROMINAS
DAULIS
DELMON
DONATE
FABREGA
GERBAL
GIRONELLE
HULLET
LARASON
LLOBET
MAJORAL
MARILL
MORATO
PADERN
PLA
POMAROLAS
PRIMAIRE
RAFARD
RIBES
ROCA
ROLLAND
ROMEU
ROQUET
SALA
SANTAREILLE
SOLANES
SOULIER
TROUNYO
VAGAS
VILA
VILARDELL
VILLANOVE
Justification
Ces patronymes apparaissent une seule fois, ou de manière très discontinue, sans densification relationnelle. Ils correspondent souvent à des conjoints venus d’ailleurs, à des familles non enracinées, à des lignages absorbés par le système local.
5. Cas limites / hybrides
GALANGAU = Évolution périphérie → relais.
ESCOUBEIROU = Encore périphérique, mais en voie d’intégration forte après 1765.
COSTA = Situation intermédiaire avec faible volume, mais connexions croissantes avec le noyau.
MUNICH = Petit volume mais forte qualité relationnelle, plutôt relais tardif.
6. Vision synthétique du système
Le village fonctionne comme une structure concentrique dynamique :
Niveau Fonction
Noyau Stabilise et reproduit le système
Relais Connecte et fluidifie les échanges
Périphérie Renouvelle et alimente le système
Extérieur Fournit des apports ponctuels
Mais ces catégories ne sont pas figées. Un lignage peut : monter (GALANGAU), décliner (BARBA), s’intégrer progressivement (ESCOUBEIROU), ou disparaître.