Synthèse (1795-1825) et la liste des lignages dans la structure
Introduction méthodologique
Cette étude ne relève ni d’une généalogie familiale ni d’une simple histoire démographique. Elle repose sur une approche prosopographique appliquée à un corpus volontairement discontinu de registres paroissiaux puis d’état civil, à partir des années 1737, 1745, 1755, 1765, 1775, 1785, 1795, 1805, 1815 et 1825. L’objectif n’est donc pas de reconstituer exhaustivement les filiations, mais d’observer les structures relationnelles qui organisent la communauté banyulencque sur le long XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle.
L’analyse distingue trois niveaux complémentaires : l’individu, la famille et le lignage. L’individu correspond à l’acteur concret apparaissant dans l’acte ; la famille désigne le groupe domestique ou parental immédiatement observable ; le lignage renvoie quant à lui à une continuité patronymique plus large, suivie sur plusieurs générations malgré les variations orthographiques des registres. Ce n’est donc ni l’individu isolé ni la famille nucléaire qui constituent ici l’unité principale d’analyse, mais le lignage envisagé comme acteur relationnel durable au sein du système matrimonial.
L’étude s’inscrit également dans une démarche de micro-histoire par le changement d’échelle : à travers l’observation fine des alliances d’une communauté restreinte, elle cherche à mettre en évidence des logiques sociales plus larges de stabilité, de mobilité et de recomposition. Le réseau matrimonial devient ainsi un révélateur des mécanismes d’intégration, de hiérarchisation et de circulation sociale à l’intérieur du village.
Cette méthode conduit enfin à une réflexion relevant des régimes d’historicité. Les crises démographiques, les guerres ou les phases de croissance ne sont pas seulement envisagées comme des événements extérieurs affectant la population ; elles sont étudiées à travers la manière dont la communauté absorbe, transforme ou réorganise ses structures relationnelles. L’analyse cherche ainsi moins à suivre une évolution linéaire qu’à comprendre la permanence et les recompositions d’un système matrimonial confronté aux ruptures de l’histoire.
1. Les lignages du noyau
Le noyau présente sur l'ensemble de la période une double dynamique de stabilité structurelle et de recomposition interne. Sa composition ne varie pas. Les six mêmes lignages le constituent de 1737 à 1815 , mais les rapports de force entre ces lignages se redistribuent profondément. REIG, pivot dominant de la première période, voit sa fréquence relative décliner au moment même où PAGES et PY progressent fortement, tandis que SAGOLS maintient une stabilité parfaite et que MALLOL et VILAREM progressent modestement. C'est précisément parce que la composition du noyau est fermée et stable que cette recomposition interne peut s'opérer sur le long terme sans rupture visible, puisque la continuité du groupe est la condition même de la fluidité des hiérarchies qui s'y jouent.
1) REIG / REITX / REIX / REICHE : Première apparition en 1737. Famille du noyau sur toute la période, mais avec une évolution significative. C'est le lignage le plus cité de la première période (32 occurrences), ce qui confirme son rôle de pivot structurant décrit dans les analyses, lignage connecteur dominant en 1745-1755, progressivement concurrencé par d'autres familles centrales à partir de 1765. La légère baisse en 1795-1815 (26 occurrences) traduit précisément cette polycentralisation du noyau. REIG reste central mais ne domine plus seul. Il cède du terrain en fréquence relative au profit de PAGES et PY qui, eux, progressent fortement sur la même période. La stabilité de position masque donc un recul relatif au sein même du noyau. => Lignage stable, mais famille en légère baisse.
2) MALLOL / MAILLOL : Première apparition en 1737. Famille du noyau sur toute la période, avec une trajectoire inverse de REIG : stable en fréquence (20 puis 24 occurrences), elle progresse légèrement quand REIG recule. Ce mouvement croisé confirme la polycentralisation du noyau. MALLOL absorbe une partie de la centralité perdue par REIG sans pour autant s'imposer comme lignage dominant unique. Sa progression modeste mais continue sur les deux périodes en fait l'une des familles les plus régulières du système, ni en déclin ni en explosion démographique. => Lignage stable mais famille en légère hausse.
3) SAGOLS : Première apparition en 1737. C'est le cas le plus remarquable du noyau : 20 occurrences dans les deux périodes, soit une stabilité parfaite. Alors que REIG recule et que PAGES ou PY progressent fortement, SAGOLS maintient exactement son niveau. Cette constance exceptionnelle sur près d'un siècle en fait le lignage le plus stable structurellement du village, ni moteur de changement, ni victime des recompositions, mais ancre permanente du système matrimonial. => Lignage et famille stables.
4) PY / PI : Première apparition en 1737. Famille du noyau sur toute la période, avec une progression forte (9 puis 17 occurrences). PY fait partie des lignages qui bénéficient directement de la polycentralisation du noyau. Discret dans la première période, il monte en puissance dans la seconde au moment précis où REIG recule. Cette trajectoire ascendante au sein même du noyau suggère un lignage en cours de consolidation, qui gagne en importance relative sans avoir jamais quitté le centre du système. => Lignage stable et famille en forte hausse.
5) PAGES : Première apparition en 1737. Trajectoire similaire à PY, mais encore plus marquée : 9 occurrences dans la première période, 19 dans la seconde, soit un doublement. PAGES est avec PY le principal bénéficiaire du recul relatif de REIG. Ce bond en fréquence sur 1795-1815 en fait l'un des lignages les plus dynamiques du noyau sur la période tardive, confirmant que la polycentralisation profite d'abord aux familles centrales jusqu'alors dans l'ombre de REIG. => Lignage stable et famille en forte hausse.
6) VILAREM : Première apparition en 1737. Famille du noyau sur toute la période, avec une progression légère mais régulière (8 puis 12 occurrences). VILAREM présente un profil intermédiaire entre la stabilité parfaite de SAGOLS et la progression forte de PAGES ou PY. Jamais dominant, jamais en recul, il assure une présence continue et discrète dans le cœur du système. Sa progression modeste sur la seconde période confirme qu'il bénéficie lui aussi, à sa mesure, de la recomposition du noyau. => Lignage stable et famille en légère hausse.
2. Les lignages relais
Les relais présentent sur la période une dynamique interne complexe, loin de la stabilité monolithique que leur rôle structurel pourrait laisser supposer.
Le premier mouvement est celui d'un renouvellement par le haut. CABOT et ROCARIAS s'imposent comme les relais les plus dynamiques de la seconde période, avec des progressions en fréquence qui doublent ou triplent leurs occurrences initiales. Ce dynamisme coïncide précisément avec l'explosion démographique de la fin du XVIIIe siècle. Ces lignages renforcent leur rôle d'interface au moment où le système en a le plus besoin. BATTLA, CHELE/XELA et PARCE suivent une trajectoire similaire mais plus modeste, consolidant progressivement leur position sans jamais s'imposer comme pivots majeurs.
À l'opposé, PARER et REDE, deux des relais fondateurs les plus actifs de la première période, connaissent un recul en fréquence notable. Ils cèdent du terrain sans perdre leur position, mais leur dynamisme matrimonial s'érode face à la montée de nouveaux acteurs. Ce croisement entre relais anciens en recul et relais récents en progression dessine une forme de rotation interne à l'espace intermédiaire.
Au centre de ces mouvements, ATXER, MASSOT, DOUZANS et MARCH forment un socle stable, dont la fréquence ne varie pratiquement pas sur l'ensemble de la période. Ce sont les véritables piliers de l'espace intermédiaire, ni en déclin ni en expansion, ils assurent la continuité structurelle des relais indépendamment des recompositions qui s'opèrent autour d'eux.
Au total, l'espace des relais n'est pas un bloc homogène mais un champ traversé par des dynamiques de montée et de recul, où les lignages les plus anciens cèdent progressivement de leur dynamisme au profit de lignages plus récents ou plus adaptés aux nouvelles conditions démographiques, sans que la composition globale de cet espace en soit fondamentalement altérée.
A. Les lignages relais en hausse
1) CABOT : Première apparition en 1737. Relais connaît une progression forte (5 puis 11 occurrences), l'une des plus marquées parmi les relais. Cette montée en fréquence sur 1795-1815 en fait l'un des relais les plus dynamiques de la seconde période, au moment précis où le village connaît son explosion démographique. CABOT semble bénéficier directement de cet afflux de population, renforçant son rôle d'interface au moment où le système en a le plus besoin. => Lignage stable, mais famille en forte hausse. => Lignage stable et famille en forte hausse.
2) ROCARIAS / ROCARI / ROCARIES : Première apparition en 1755. Relais stable sur toute la période, avec une progression forte (4 puis 8 occurrences), doublement de la fréquence entre les deux périodes. C'est l'un des relais les plus tardifs dans son apparition, mais aussi l'un des plus dynamiques dans la seconde période. Sa montée en fréquence au moment de l'explosion démographique suggère un lignage qui profite directement de l'afflux de population pour renforcer son rôle d'interface. ROCARIAS illustre ainsi la capacité du système à produire de nouveaux relais actifs à partir de lignages apparus tardivement, sans passer par une longue phase périphérique. => Lignage stable, mais famille en forte hausse. => Lignage stable et famille en forte hausse.
3) BATTLA / BAILLE : Première apparition en 1737. Relais avec une légère progression en fréquence (6 puis 8 occurrences). Présent dès les premières coupes, BATTLA s'inscrit dans la durée sans jamais s'imposer comme relais dominant. Sa progression modeste sur la seconde période suggère un lignage qui se consolide lentement, accompagnant la croissance démographique du village sans en être un acteur majeur. => Lignage stable, mais famille en légère hausse. => Lignage stable et famille en légère hausse.
4) CHELE/XELA : Première apparition en 1737. Relais avec une progression légère (5 puis 7 occurrences). Présent dès l'origine, CHELE/XELA maintient une position intermédiaire sans éclat particulier. Sa progression modeste sur la seconde période le place dans la même trajectoire que BATTLA, un relais qui se consolide progressivement sans jamais s'imposer comme pivot majeur du système. => Lignage stable et famille en légère hausse.
5) PARCE : Première apparition en 1737. Relais qui connaît une progression légère (4 puis 6 occurrences). Présent dès l'origine, PARCE maintient une position intermédiaire constante sans jamais s'imposer comme relais dominant. Sa progression modeste sur la seconde période le place dans la même trajectoire que BATTLA ou CHELE/XELA, un relais ancien qui se consolide lentement, assurant une fonction d'interface régulière sans variation brutale sur l'ensemble de la période. => Lignage stable et famille en légère hausse.
B. Les lignages relais stables
6) ATXER / ACHE / ACHERS : Première apparition en 1737. Relais stable sur toute la période, avec une fréquence quasi identique (8 puis 9 occurrences). C'est l'un des relais les plus anciens et les plus constants du système, présent dès l'origine, il maintient son rôle d'interface sans progression ni déclin notable. Sa stabilité en fréquence comme en position en fait un lignage structurellement fiable, comparable à SAGOLS dans le noyau. => Lignage et famille stables.
7) MASSOT : Première apparition en 1745. Relais stable sur toute la période, avec une stabilité parfaite en fréquence (9 occurrences dans les deux périodes). C'est le cas le plus remarquable parmi les relais, comme SAGOLS dans le noyau, MASSOT maintient exactement son niveau sur près d'un siècle malgré les turbulences démographiques et les recompositions du système. Sa fréquence élevée pour un relais, combinée à cette constance exceptionnelle, confirme son rôle d'armature centrale de l'espace intermédiaire, décrit dès les analyses de 1755-1785 comme l'un des pivots essentiels de la circulation matrimoniale. => Lignage et famille stables.
8) DOUZANS / DOZANS / DOSANS / DUSANS : Première apparition en 1745. Relais stable sur toute la période, avec une fréquence quasi identique (5 puis 6 occurrences). DOUZANS est dans une position intermédiaire qu'il conserve sans variation significative jusqu'en 1815. Sa stabilité en fréquence comme en position en fait un relais de second rang fiable, dont le rôle d'interface se maintient sur le long terme sans progression ni déclin. => Lignage et famille stables.
9) MARCH / MARC : Première apparition en 1745. Relais stable sur toute la période, avec une fréquence quasi identique (5 puis 6 occurrences). Profil très similaire à DOUZANS,avec le même niveau de fréquence, et la même stabilité sur les deux périodes. MARCH s'installe comme relais de second rang dès le milieu du XVIIIe siècle et maintient cette position sans rupture jusqu'en 1815. Sa constance suggère un lignage solidement ancré dans sa fonction d'interface. => Lignage et famille stables.
C. Les lignages relais en recul
10) PARER / PARE : Première apparition en 1737. Relais qui connaît un déclin notable en fréquence (9 puis 4 occurrences). C'est l'un des relais fondateurs les plus actifs de la première période, au même niveau que MASSOT ou REDE, qui recule significativement dans la seconde. Ce déclin en fréquence sans perte de position suggère un lignage qui maintient son ancrage structurel dans l'espace intermédiaire mais perd progressivement de son dynamisme matrimonial, peut-être concurrencé par les nouveaux relais montants comme CABOT, ROCARIAS ou les familles ascendantes de la périphérie. => Lignage stable, mais famille en forte baisse.
11) REDE / REDA : Première apparition en 1737. Relais stable qui connaît un léger déclin en fréquence (9 puis 7 occurrences). Profil similaire à PARER, l'un des relais fondateurs les plus actifs de la première période qui recule modestement dans la seconde. Ce déclin reste limité et ne remet pas en cause sa position intermédiaire, mais il suggère un lignage dont le dynamisme matrimonial s'érode légèrement face à la montée de nouveaux acteurs dans l'espace des relais. REDE et PARER forment ainsi un duo de relais anciens et puissants qui cèdent progressivement du terrain en fréquence relative sans jamais perdre leur ancrage structural. => Lignage stable, mais famille en légère baisse.
3. La marge entre les relais et la périphérie
La zone frontière entre relais et périphérie révèle les mécanismes les plus instructifs du système, tant dans ses dynamiques d'ascension que dans ses rares cas de déclin.
Du côté des relais modestes, VALLS illustre une position limite : le moins fréquent de tout l'espace intermédiaire sur les deux périodes, il maintient tout juste les connexions nécessaires pour ne pas basculer vers la périphérie. BARBA présente le cas inverse et analytiquement plus rare, un relais fondateur actif qui glisse vers la périphérie malgré son ancienneté. Ces deux cas rappellent que la frontière entre relais et périphérie n'est pas imperméable dans les deux sens : si la mobilité ascendante est la règle, la mobilité descendante existe, même si elle reste exceptionnelle.
Du côté des ascensions, les trajectoires sont d'une diversité remarquable. ESCOUBEIROU représente l'ascension la plus lisible, une périphérie déjà active qui accumule progressivement ses connexions avant de franchir le seuil. COSTA et GUERRA illustrent à l'opposé des montées en puissance soudaines et tardives, profitant directement de l'explosion démographique pour s'imposer rapidement dans l'espace intermédiaire sans longue phase d'accumulation. FERRER occupe une position intermédiaire, ancien mais lent, il met un demi-siècle à franchir le seuil. MUNICH/MONICH et GALANGAU illustrent enfin l'ascension patiente par accumulation progressive, sans bond spectaculaire mais avec une consolidation suffisante pour franchir durablement la frontière.
Le cas de JORDA est le plus théoriquement intéressant : il franchit le seuil sans progression en fréquence, ce qui suggère que c'est la qualité des connexions qui change, non leur quantité. Ce cas remet en cause une lecture purement quantitative du système et rappelle que la position dans le réseau ne se réduit pas au nombre d'occurrences, la nature des alliances compte autant, sinon plus, que leur volume.
A. Les lignages relais modestes
12) VALLS / BAILLS : Première apparition en 1737. Relais qui connaît un léger déclin en fréquence (3 puis 2 occurrences). C'est le relais le moins fréquent de tout l'espace intermédiaire sur les deux périodes, sa position de relais a toujours été modeste en volume, et ce léger recul dans la seconde période confirme un lignage en marge de l'espace intermédiaire. VALLS assure une fonction d'interface minimale et continue, sans jamais s'imposer comme acteur majeur de la circulation matrimoniale, tout en maintenant suffisamment de connexions pour ne pas basculer vers la périphérie. => Lignage et famille stables.
13) BARBA / BARBE : Première apparition en 1737. L'un des relais fondateurs les plus actifs de la première période (9 occurrences), Son déclin en fréquence (9 puis 4 occurrences) accompagne et traduit cette perte de position. C'est un cas rare et analytiquement important : il montre que la mobilité sociale dans ce système ne joue pas uniquement à la hausse. Un lignage ancien, bien implanté, peut perdre progressivement ses connexions et glisser vers un espace relationnel moins central, sans pour autant disparaître complètement du réseau. La cause de ce déclin reste à identifier, extinction partielle du lignage, départs, ou simplement concurrence d'autres familles plus dynamiques dans l'espace intermédiaire. => Lignage stable, mais famille en forte baisse.
B. Les lignages de la périphérie qui montent dans les relais
14) ESCOUBEIROU / ECOBEŸRO / ASCOBEYRO / ESCABEYRO / ECOBEIROU : Première apparition en 1737. Famille périphérique dans la première période, elle accède aux relais dans la seconde, avec la progression en fréquence la plus forte de tout le système (7 puis 18 occurrences). Contrairement à COSTA, ESCOUBEIROU n'était pas invisible dans la première période. Ses 7 occurrences en font déjà l'une des familles périphériques les plus actives, ce qui annonçait une ascension probable. Le bond vers 18 occurrences sur 1795-1815 confirme un lignage qui était déjà en cours d'intégration et qui franchit le seuil des relais au moment de l'expansion démographique. ESCOUBEIROU illustre ainsi la trajectoire la plus lisible du système, une périphérie active qui accumule progressivement ses connexions avant de basculer vers l'espace intermédiaire. => Lignage ascendant, et famille en forte hausse.
15) GUERRA / GUERRE : Première apparition en 1765. C'est le plus tardif des lignages qui accèdent aux relais, il n'apparaît qu'à mi-parcours de la première période, avec une présence encore modeste (3 occurrences). Le bond sur 1795-1815 (10 occurrences) est d'autant plus remarquable : en l'espace d'une génération, GUERRA passe d'une périphérie récente et peu implantée à un relais actif et bien connecté. C'est l'ascension la plus rapide du système, un lignage qui n'a pas eu besoin d'un siècle d'accumulation pour franchir le seuil intermédiaire, mais qui profite directement de l'explosion démographique et de la recomposition de l'espace des relais pour s'y imposer en peu de temps. => Lignage ascendant, et famille en forte hausse.
16) COSTA / COSTE : Première apparition en 1737. Famille périphérique dans la première période, elle accède aux relais dans la seconde, avec une progression en fréquence particulièrement forte (2 puis 11 occurrences). Le faible niveau de citations sur 1737-1785 reflète une présence marginale et irrégulière, typique des lignages périphériques. Le bond spectaculaire sur 1795-1815 traduit une intégration rapide et massive au réseau intermédiaire, coïncidant avec l'explosion démographique du village. COSTA est l'un des cas d'ascension les plus brutaux du système, non pas une intégration lente par accumulation de connexions, mais une montée en puissance soudaine qui suggère un lignage ayant attendu les conditions favorables pour s'imposer dans l'espace des relais. => Lignage ascendant, et famille en forte hausse.
17) FERRER / FERRE / FARRE / FERRER : Première apparition en 1737. Famille périphérique dans la première période, elle accède aux relais dans la seconde, avec une progression forte (4 puis 10 occurrences). Présent dès l'origine mais cantonné à la périphérie pendant toute la première période, FERRER connaît une montée en puissance significative sur 1795-1815. Sa trajectoire est intermédiaire entre la montée brutale de COSTA et l'ascension progressive d'ESCOUBEIROU, un lignage ancien qui met un demi-siècle à franchir le seuil de la périphérie vers les relais, suggérant une intégration lente rendue possible par l'expansion démographique et la recomposition de l'espace intermédiaire. => Lignage ascendant, et famille en forte hausse.
18) MUNICH / MONICH / MONIC / MONIQUE : Première apparition en 1745. Famille périphérique dans la première période, elle accède aux relais dans la seconde, avec une progression en fréquence cohérente avec cette ascension (2 puis 5 occurrences). Le faible niveau de citations sur 1737-1785 reflète sa position marginale initiale ; la montée sur 1795-1815 traduit à la fois l'intégration au réseau intermédiaire et le renforcement de ses connexions. MUNICH/MONICH illustre ainsi le mécanisme d'ascension progressive décrit pour d'autres lignages comme ESCOUBEIROU ou GALANGAU, une intégration lente par accumulation de connexions, qui finit par franchir le seuil de la périphérie vers l'espace intermédiaire. => Lignage ascendant, et famille en légère hausse.
19) GALANGAU / GALANGAUT / GALLANGAU : Première apparition en 1737. Famille périphérique dans la première période, elle accède aux relais dans la seconde, avec une progression légère (4 puis 5 occurrences). C'est l'ascension la plus modeste en volume parmi les familles qui franchissent le seuil périphérie-relais, mais elle n'en est pas moins significative. GALANGAU est précisément le lignage dont la trajectoire est décrite dans les analyses qualitatives, marginal en 1745, connecté aux relais puis au noyau en 1785. Les chiffres confirment cette intégration progressive et patiente, sans explosion de fréquence, mais avec une consolidation suffisante pour franchir durablement le seuil de l'espace intermédiaire. => Lignage ascendant, et famille stable.
20) JORDA / JOURDA : Première apparition en 1745. Famille périphérique dans la première période, elle accède aux relais dans la seconde, mais avec une fréquence stable (3 puis 3 occurrences). C'est le cas le plus atypique parmi les ascensions périphérie-relais : le franchissement du seuil ne s'accompagne d'aucune progression en volume. JORDA change de position sans changer de fréquence, ce qui suggère que c'est la nature de ses connexions qui évolue, des alliances mieux placées, plus centrales, plutôt que leur nombre. Ce cas interroge directement le rapport entre fréquence et position : la quantité seule ne suffit pas à rendre compte du statut d'un lignage dans le système matrimonial. => Lignage ascendant, et famille stable.
4. La périphérie
La périphérie présente une grande diversité de trajectoires, que l'on peut regrouper en trois dynamiques distinctes.
Le premier groupe est celui des périphéries stables et ancrées. MAURI, TRULLET et AROLES partagent une fréquence modeste mais continue sur les deux périodes, sans progression ni effondrement. Ce sont des lignages qui ont trouvé leur équilibre dans une position marginale, suffisamment connectés pour se maintenir, insuffisamment dynamiques pour progresser. MAURI est le cas le plus parfait de cette stabilité, maintenant exactement le même niveau sur près d'un siècle, à l'image de SAGOLS dans le noyau ou MASSOT dans les relais.
Le second groupe est celui des périphéries passives. CADENA et CENTENE ne produisent jamais suffisamment de connexions pour exister véritablement dans le système, présents sur les deux périodes mais avec une fréquence minimale qui ne varie presque pas. Leur maintien s'apparente moins à un enracinement qu'à une présence résiduelle, sans dynamisme ni rupture.
Le troisième groupe est celui des périphéries en recul. AZEMA, LAURET, GRAU et CASALS partagent une trajectoire déclinante, mais pour des raisons différentes. AZEMA et LAURET sont les cas les plus paradoxaux, deux des lignages périphériques les plus anciens du système, présents dès 1737, qui n'ont jamais réussi à franchir le seuil des relais et s'effacent progressivement. Leur longévité sans progression illustre l'existence d'une périphérie figée, où l'ancienneté ne produit pas automatiquement du capital relationnel. GRAU et CASALS illustrent à l'inverse une fragilité liée à la tardiveté, apparus trop tard ou sans connexions suffisantes, ils ne parviennent pas à s'enraciner durablement malgré l'expansion démographique qui profite pourtant à d'autres lignages contemporains.
Ce contraste entre CASALS ou GRAU d'un côté, et ESCOUBEIROU ou FERRER de l'autre — apparus aux mêmes périodes mais avec des trajectoires radicalement opposées, confirme que ni l'ancienneté ni la contemporanéité ne garantissent l'intégration. C'est la capacité à produire et maintenir des connexions pertinentes qui détermine la trajectoire d'un lignage dans le système matrimonial.
A. Les lignages stables
1) AROLES / AROLAS : Première apparition en 1765. Famille périphérique sur les deux périodes, avec une fréquence stable et modeste (3 puis 2 occurrences). Apparu tardivement, AROLES ne parvient pas à franchir le seuil de l'espace intermédiaire malgré sa présence continue sur les deux périodes. Son faible niveau de citations et sa légère régression en fréquence suggèrent un lignage qui s'est installé dans une position périphérique sans dynamisme suffisant pour progresser vers les relais. AROLES illustre la catégorie des familles qui s'enracinent durablement dans la communauté sans jamais accéder à une position plus centrale. => Lignage et famille stable.
2) MAURI / MAURY : Première apparition en 1745. Famille périphérique sur les deux périodes, avec une stabilité parfaite en fréquence (3 puis 3 occurrences). C'est le cas le plus stable de toute la périphérie, comme SAGOLS dans le noyau ou MASSOT dans les relais, MAURI maintient exactement son niveau sur les deux périodes. Cette constance sans progression ni déclin suggère un lignage solidement ancré dans sa position périphérique, suffisamment intégré pour se maintenir durablement dans la communauté, mais sans dynamisme suffisant pour accéder à l'espace intermédiaire. Une périphérie stable et résignée à sa position. => Lignage et famille stable.
3) TRULLET/ TROLLET / TROUILLET : Première apparition en 1745. Famille périphérique sur les deux périodes, avec une fréquence stable et modeste (3 puis 2 occurrences). Profil proche de MAURI, un lignage périphérique ancien qui s'installe durablement sans progresser. Sa légère régression en fréquence sur la seconde période ne remet pas en cause cet ancrage, mais confirme l'absence de dynamisme vers les relais. TRULLET illustre ainsi, comme LAURET ou MAURI, la catégorie des périphéries persistantes, présentes sur l'ensemble de la période, suffisamment connectées pour ne pas disparaître, mais insuffisamment actives pour franchir le seuil de l'espace intermédiaire. => Lignage et famille stable.
B. Les lignages peu dense
4) CADENA / CADENE : Première apparition en 1737. Famille périphérique sur les deux périodes, avec un léger déclin en fréquence (2 puis 1 occurrence). Présent dès l'origine mais toujours très peu cité, CADENA est l'un des lignages les plus discrets du système sur l'ensemble de la période. Sa faible fréquence constante suggère un lignage qui n'a jamais réussi à produire suffisamment de connexions pour progresser, ni à s'effacer complètement. Une présence minimale et continue, sans dynamisme ni rupture, qui caractérise une périphérie passive et durablement marginale. => Lignage et famille stable.
5) CENTENE / CENTENA : Première apparition en 1755. Famille périphérique sur les deux périodes, avec un léger déclin en fréquence (2 puis 1 occurrence). Profil très proche de CADENA, peu cité, sans progression ni rupture notable, CENTENE s'installe dans une périphérie passive qu'il ne quitte pas. Sa faible fréquence sur les deux périodes et son apparition tardive suggèrent un lignage qui n'a jamais accumulé suffisamment de connexions pour envisager une ascension vers les relais. Une présence minimale et régulière, symptomatique d'une intégration partielle et durablement limitée. => Lignage et famille stable.
C. Les lignages en recul
6) AZEMA / AZEMAR : Première apparition en 1737. Famille périphérique sur les deux périodes, avec un déclin fort en fréquence (5 puis 1 occurrence). C'est l'un des cas les plus anciens de la périphérie, présent dès 1737, AZEMA n'a jamais réussi à franchir le seuil des relais malgré sa longévité dans le système. Son déclin marqué sur la seconde période suggère un lignage en voie d'extinction ou de départ, qui s'efface progressivement du réseau matrimonial sans avoir jamais consolidé sa position. La durée de présence sans progression illustre une périphérie figée, incapable de produire les connexions nécessaires à une ascension. => Lignage stable et famille en forte baisse.
7) LAURET / LAURET / LAURIER : Première apparition en 1737. Famille périphérique sur les deux périodes, avec un déclin en fréquence (4 puis 2 occurrences). C'est l'un des lignages périphériques les plus anciens du système, présent dès 1737, il n'a jamais réussi à franchir le seuil des relais malgré plus d'un siècle de présence. Ce paradoxe entre ancienneté et marginalité persistante est analytiquement significatif : LAURET illustre la catégorie des familles durablement périphériques, dont la longévité dans le système ne se traduit pas en capital relationnel suffisant pour progresser vers un espace plus central. Son déclin en fréquence sur la seconde période suggère de surcroît un lignage en lent effacement. => Lignage stable et famille en forte baisse.
8) GRAU : Première apparition en 1775. Famille périphérique sur les deux périodes, avec un déclin en fréquence (3 puis 1 occurrence). Apparu tardivement, GRAU ne parvient pas à consolider sa présence dans la seconde période. Son apparition tardive combinée à ce recul en fait l'une des périphéries les plus fragiles du système, ni assez ancien pour avoir accumulé des connexions durables, ni assez dynamique pour profiter de l'expansion démographique de la fin du XVIIIe siècle. => Lignage stable et famille en forte baisse.
9) CASALS / CAZALS : Première apparition en 1755. Famille périphérique sur les deux périodes, avec un déclin en fréquence (3 puis 1 occurrence). Apparu dans la seconde moitié de la première période, CASALS ne parvient pas à consolider sa présence dans la seconde. Son déclin suggère un lignage qui s'est installé temporairement dans la communauté sans parvenir à y produire les connexions nécessaires à un enracinement durable. Contrairement à ESCOUBEIROU ou FERRER, apparus à des dates similaires mais qui franchissent le seuil des relais, CASALS reste cantonné à une périphérie déclinante, ce qui confirme que l'ancienneté de présence seule ne suffit pas à garantir l'intégration. => Lignage stable et famille en forte baisse.
5. Les lignages à la marge entre la périphérie et l'extérieur
GERBAL / GIRBAL, BAUS / BAUX, BONAFOS, FORGAS, MATHEU, RIBAS / RIBES, SOLANES / SOULANAS : Ces sept familles constituent un groupe analytiquement distinct. GERBAL est la plus ancienne, présente dès 1745, suivie de BONAFOS (1755) et RIBAS (1755). SOLANES apparaît en 1785, tandis que BAUS, FORGAS et MATHEU n'émergent qu'en 1795-1805. Malgré ces dates d'apparition échelonnées sur plus d'un demi-siècle, elles partagent une trajectoire commune : une présence modeste et irrégulière, trop faible pour accéder à la périphérie stable ou aux relais, mais suffisamment continue pour signaler un enracinement en cours. Elles ne sont pas encore des acteurs du système matrimonial local au sens plein du terme, mais elles ne sont plus non plus de purs extérieurs de passage. => Individus ayant formé une famille qui n'a pas encore été absorbée par la communauté, comme une des lignages de sa structure.
Conclusion générale
Entre 1737 et 1825, l’étude des alliances matrimoniales banyulencques met en évidence l’existence d’une structure relationnelle remarquablement stable malgré les fortes fluctuations démographiques qui affectent la communauté. Les crises démographiques, de 1774 et de 1793-1794, provoquent des ruptures humaines majeures, mais ne détruisent pas l’architecture fondamentale du système matrimonial. Celui-ci conserve au contraire une forte capacité d’adaptation en intégrant progressivement de nouveaux lignages tout en maintenant un noyau ancien durablement dominant.
La guerre franco-espagnole de 1793-1794 constitue bien une rupture majeure dans l’histoire de Banyuls-sur-Mer, mais cette rupture ne détruit pas les structures relationnelles de la communauté. La catastrophe démographique est réelle : déportations, captivités, famine et surmortalité provoquent un effondrement brutal de la population. Pourtant, les principaux lignages structurants demeurent présents après la crise. Cette survivance ne doit cependant pas être confondue avec une immobilité du système. Les mêmes lignages subsistent, mais leurs positions relatives évoluent profondément : certains relais déclinent, d’autres émergent, des familles périphériques accèdent progressivement à l’espace intermédiaire, tandis que l’exogamie s’accentue sous l’effet des apports extérieurs.
Dans ce système, le couple constitue l’unité fondamentale de recomposition sociale. Ce n’est pas seulement une cellule familiale ou domestique, mais le point de jonction entre lignages, celui par lequel se transmettent les alliances, se maintiennent les solidarités et s’intègrent progressivement les nouveaux venus. Le maintien ou l’augmentation du nombre de couples après les crises traduit ainsi moins une simple reprise démographique qu’une capacité du réseau matrimonial à se reconstruire rapidement malgré les pertes humaines.
Le maintien des lignages ne signifie donc pas la permanence intacte de la communauté ancienne. Il révèle au contraire la capacité d’un réseau matrimonial dense à absorber les ruptures en réorganisant ses connexions internes. La continuité des noms masque des transformations importantes, perceptibles seulement par l’analyse relationnelle des alliances. En distinguant lignages, familles et individus, cette étude montre ainsi que la résilience banyulencque ne repose pas sur l’absence de changement, mais sur la capacité du système matrimonial à intégrer la rupture tout en conservant son armature fondamentale. Même après l’adoption du Code civil, le lignage demeure ainsi une structure sociale active qui continue d’organiser une part essentielle de la vie communautaire.
L’analyse révèle surtout que la dynamique démographique ne suffit pas à expliquer l’évolution du village. Les structures matrimoniales possèdent leur temporalité propre. La densification des connexions relationnelles précède souvent les phases de croissance démographique et conditionne en partie la capacité de la communauté à absorber de nouveaux habitants. Le réseau matrimonial apparaît ainsi comme un facteur actif de structuration sociale davantage qu’un simple reflet de la population.
Le modèle théorique proposé, articulé entre noyau, relais, marges intermédiaires et périphérie, permet précisément de restituer cette complexité au plus près des sources. Il distingue les individus, acteurs ponctuels des actes ; les familles, cellules domestiques soumises aux aléas démographiques ; et les lignages, continuités relationnelles plus longues dont les positions évoluent dans le système matrimonial. Cette distinction permet d’observer non seulement les permanences, mais aussi les mobilités internes du réseau : certaines familles renforcent leur centralité, d’autres déclinent, stagnent ou accèdent progressivement aux relais selon leur capacité à produire des connexions pertinentes.