Synthèse des dynamiques matrimoniales (1737-1785)
La première phase (1730-1774) est celle d'un cycle de croissance et de reflux. Le village part de 497 habitants en 1730, monte à 835 vers 1765, puis retombe exactement à 497 habitants en 1774. Ce retour au chiffre de départ est frappant et suggère un épisode de surmortalité ou de départs massifs.
Or le nombre de couples cités suit une évolution partiellement dissonante. Il passe de 37 en 1737 à 31 en 1745, remonte à 37 en 1755, puis grimpe à 46 en 1765. Le creux de 1745 est aussi celui du réseau matrimonial dans son état le plus vulnérable, système encore centré sur un noyau restreint dominé par REIG, relais peu autonomes, périphérie quasi inexistante. La remontée ensuite accompagne simultanément la croissance démographique et la densification relationnelle : émancipation progressive des relais, multiplication des échanges N×R, et premières alliances périphériques visibles.
Mais surtout, en 1775, soit un an après le retour à 497 habitants, on compte 50 couples, et le réseau a atteint sa maturité polycentrique. La chute démographique de 1774 n'a donc pas entamé la vitalité matrimoniale. Ce décalage est significatif. Il suggère que la communauté qui subsiste après la crise est plus dense relationnellement que celle d'avant, comme si la crise avait éliminé les lignages les moins intégrés en consolidant le tissu des familles restantes, précisément celles qui formaient le noyau et les relais.
La seconde phase (1774-1789) est celle d'une croissance explosive. En quinze ans, la population passe de 497 à 1204 habitants. Le nombre de couples cités atteint 61 en 1785, poursuivant sa progression régulière. Cette croissance démographique spectaculaire intervient précisément au moment où le réseau matrimonial a atteint son stade de pleine maturité : noyau polycentrique stable, relais devenus l'armature sociale du village, frontières poreuses entre périphérie et espace intermédiaire. Un réseau aussi dense et hiérarchisé est structurellement mieux équipé pour absorber un afflux de population qu'un système encore centré et fragile.
Les relais jouent ici un rôle décisif. C'est par eux que les nouveaux lignages s'intègrent progressivement, comme en témoigne la trajectoire de GALANGAU, marginal en 1745, connecté au noyau en 1785.
Cependant, la progression matrimoniale reste modérée au regard de l'explosion démographique. La population est multipliée par 2,4 quand le nombre de couples ne fait que doubler sur l'ensemble de la période. Cela indique que la croissance est portée en partie par une immigration de familles encore peu intégrées au réseau, présentes dans les feux mais pas encore visibles dans les échanges d'alliances, ce qui correspond précisément au profil des familles périphériques.
Au total, le nombre de couples cités progresse de façon remarquablement continue (31, 37, 46, 50, 61) quelles que soient les turbulences démographiques, ce qui en fait un indicateur de la robustesse structurelle du réseau plus que de sa taille. La démographie fluctue, connaît des crises et des explosions ; le réseau, lui, s'épaissit sans interruption, précédant et conditionnant chaque fois la dynamique de population plutôt qu'il ne la suit.
Proposition de classement structurel des lignages (1737-1785)
Le classement ne repose pas uniquement sur le volume brut des citations, mais sur plusieurs critères combinés :
continuité chronologique ;
densité de présence ;
capacité à produire des alliances internes ;
rôle dans la circulation matrimoniale ;
stabilité ou fragilité du lignage ;
degré d’intégration dans le réseau.
1. Noyau central (N)
Critères
Présence quasi continue sur toute la période ;
fréquence élevée ;
alliances récurrentes entre eux ;
rôle structurant dans la reproduction du système ;
forte capacité d’intégration des autres familles.
Familles
REIG / REIX / REITX
MALLOL / MAILLOL
SAGOLS
PAGES
PI / PY
VILAREM
Justification
Ces lignages dominent constamment les registres et forment le cœur endogame du système matrimonial.
Leurs alliances réciproques sont nombreuses et régulières :
REIG ↔ SAGOLS
REIG ↔ MALLOL
REIG ↔ PY
REIG ↔ VILAREM
PAGES ↔ SAGOLS
VILAREM ↔ PAGES
REIG constitue clairement le grand hub relationnel du système.
2. Relais (R)
Critères
Présence longue mais irrégulière ;
fluctuations importantes ;
forte mobilité matrimoniale ;
rôle de connexion entre noyau et périphérie ;
capacité à former un sous-réseau autonome.
Familles
ATXER
MASSOT
PARER
REDE / REDA
CABOT
ROCARIAS
MARCH
DOZANS / DOSANS / DUSANS
GALANGAU
BATLLA / BATTLE
CHELE / XELA
PARCE
JORDA / JOURDA
MUNICH
TRULLET
MATHEU
BARBA
VALLS
Justification
Ces familles ne dominent pas le système, mais elles assurent sa cohésion relationnelle. Elles :
échangent avec le noyau ;
s’allient entre elles ;
absorbent les périphéries ;
servent d’interface avec l’extérieur.
Certaines deviennent particulièrement importantes après 1765 :
MASSOT
PARER
REDA
GALANGAU est un excellent exemple de mobilité structurelle : marginal en 1745, relais intégré en 1785.
DOZANS
3. Périphérie intégrée (P)
Critères
apparition plus tardive ;
présence encore modérée ;
intégration progressive ;
alliances surtout avec relais ou noyau ;
faible autonomie relationnelle au départ.
Familles
ESCOUBEIROU / ESCABEYRO
GUERRA / GUERRE
FERRER / FARRE
COSTA
GRAU
MAURI / MAURY
AROLES
FABRE
CASALS
LAURET
LHOSTA
JULIA
Justification
Ces lignages apparaissent progressivement dans les instantanés et commencent lentement à s’enraciner. Ils dépendent d’abord des alliances avec le noyau, puis des relais.
Exemples :
PAGES × ESCOUBEIROU ;
PARCE × GUERRA ;
GALANGAU × SAGOLS.
Certaines de ces familles semblent en transition vers le statut de relais :
GALANGAU (déjà passé en 1785) ;
COSTA ;
ESCOUBEIROU ;
GRAU.
4. Extérieur / passage / absorption (X)
Critères
présence unique ou très faible ;
absence de continuité ;
lignages non enracinés ;
souvent femmes venues de l’extérieur ;
pas de réseau autonome identifiable.
Familles = Extérieurs ponctuels
ALEGRESA
AGOSTY
ARAMIS
ARMANYACH
AUGUET
AYAX
BADIE
BARRIS
BERTRAND
BONAFOS
BOSQUET
BRIAL
CAMPA
COMTA
COMMEMALE
COROMINAS
DAULIS
DELMON
DONATE
FABREGA
GERBAL
GIRONELLE
HULLET
LARASON
LLOBET
MAJORAL
MARILL
MORATO
PADERN
PLA
POMAROLAS
PRIMAIRE
RAFARD
RIBES
ROCA
ROLLAND
ROMEU
ROQUET
SALA
SANTAREILLE
SOLANES
SOULIER
TROUNYO
VAGAS
VILA
VILARDELL
VILLANOVE
Justification
Ces patronymes apparaissent une seule fois, ou de manière très discontinue, sans densification relationnelle. Ils correspondent souvent à des conjoints venus d’ailleurs, à des familles non enracinées, à des lignages absorbés par le système local.
5. Cas limites / hybrides
GALANGAU = Évolution périphérie → relais.
ESCOUBEIROU = Encore périphérique, mais en voie d’intégration forte après 1765.
COSTA = Situation intermédiaire avec faible volume, mais connexions croissantes avec le noyau.
MUNICH = Petit volume mais forte qualité relationnelle, plutôt relais tardif.
6. Vision synthétique du système
Le village fonctionne comme une structure concentrique dynamique :
Niveau Fonction
Noyau Stabilise et reproduit le système
Relais Connecte et fluidifie les échanges
Périphérie Renouvelle et alimente le système
Extérieur Fournit des apports ponctuels
Mais ces catégories ne sont pas figées. Un lignage peut : monter (GALANGAU), décliner (BARBA), s’intégrer progressivement (ESCOUBEIROU), ou disparaître.